Peut-on vraiment déterminer sa dose optimale de glucides en laboratoire ?

Un test isotopique peut personnaliser une dose de glucose pour reproduire un pic d’oxydation mesuré. Il ne détermine pas, à lui seul, la meilleure stratégie glucidique pour performer sur un Ironman.

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Conclusion principale

L’étude de Podlogar et al. optimise bien une dose de glucose par rapport à une variable précise : le pic d’oxydation exogène mesuré. Chez 11 athlètes, 65 g/h en moyenne ont reproduit le pic obtenu avec 90 g/h. Elle ne mesure toutefois ni un gain de performance, ni une dose optimale de compétition, ni une stratégie glucose-fructose complète.

Tu pédales deux heures et demie sous ton premier seuil lactique. À intervalles réguliers, tu bois une solution de glucose enrichie en carbone 13. Ton air expiré est analysé. Puis le laboratoire te rend un chiffre personnel en grammes par heure.

La promesse est forte, surtout si tu as déjà connu les nausées, le ventre gonflé ou la panne sèche en longue distance : sortir du laboratoire avec une « dose optimale » censée remplacer les fourchettes générales par ta propre réponse métabolique.

Une étude de preuve de concept publiée en 2025 par Tim Podlogar et ses collègues apporte une base scientifique à cette personnalisation. Elle mérite d’être prise au sérieux. Mais elle répond à une question plus étroite que celle qui intéresse directement le triathlète : combien de glucose faut-il fournir pour retrouver un pic individuel d’oxydation exogène déjà mesuré ? Elle ne répond pas à cette autre question : quelle dose totale de glucides permettra à cet athlète de mieux performer en compétition ?

La différence tient dans la variable optimisée.

Ce que le carbone 13 permet de suivre

Le principe du test est assez élégant. Le glucose ingéré est enrichi en carbone 13, un isotope stable, donc non radioactif. Lorsqu’il est utilisé comme carburant, une partie de ce carbone se retrouve dans le dioxyde de carbone expiré. En croisant cette mesure avec les échanges gazeux, les chercheurs estiment l’oxydation exogène du glucose, c’est-à-dire la quantité de glucose venue de la boisson puis oxydée pendant l’effort.

Le test ne suit pas tout le devenir de chaque gramme avalé. Il n’assimile pas non plus oxydation exogène et performance. Une fraction du glucose peut ne pas être oxydée dans la fenêtre de mesure sans être automatiquement inutile : elle peut encore participer à la disponibilité glucidique ou à l’épargne de certaines réserves, selon le contexte. Et la méthode ne mesure pas directement le glycogène musculaire utilisé.

Ce qu’elle donne reste précieux : une estimation de l’utilisation du glucose ingéré, à une intensité, pendant une durée et dans un environnement définis.

L’étude Podlogar : 90 g/h, puis une dose personnalisée

Le protocole

L’étude a recruté 11 athlètes entraînés en endurance, six femmes et cinq hommes, avec une VO2peak moyenne de 59,2 ± 7,3 ml/kg/min. Chaque participant a réalisé deux efforts cyclistes de 150 minutes à 95 % de la puissance associée au premier seuil lactique, après une nuit à jeun.

Lors du premier essai, tous recevaient 90 g/h de glucose. Les chercheurs mesuraient alors le pic individuel d’oxydation exogène. Deux à trois semaines plus tard, le même participant revenait pour un second essai. Sa dose personnalisée correspondait à son pic mesuré, augmenté de 20 %, ce qui revenait à viser une efficacité d’oxydation théorique de 80 %.

11
athlètes entraînés
65 ± 10
g/h personnalisés en moyenne
0,91
g/min au pic personnalisé

La dose obtenue était de 65 ± 10 g/h en moyenne, avec des prescriptions comprises entre 49 et 80 g/h. Elle apportait donc environ 28 % de glucose en moins que la condition standard à 90 g/h.

Le résultat central est net au niveau du groupe. Le pic moyen d’oxydation exogène atteignait 0,90 ± 0,15 g/min avec 90 g/h, contre 0,91 ± 0,19 g/min avec la dose personnalisée. La différence était nulle sur le plan statistique, avec p = 0,977. L’efficacité d’oxydation passait de 58 ± 9 % à 83 ± 9 %. Les participants rapportaient aussi moins de plénitude gastrique et un effort perçu plus bas lors du second essai.

L’étude optimise donc bien quelque chose. Dans cette condition précise, la dose personnalisée fournissait moins de glucose tout en reproduisant le même pic moyen d’oxydation exogène. Écrire qu’elle « n’optimise rien » serait faux. Elle optimise l’apport de glucose par rapport à l’oxydation exogène mesurée.

Elle ne démontre pas qu’une moyenne de 65 g/h maximise une performance de longue distance.

Le mot « optimal » change de sens selon le critère

Aucune épreuve de performance n’a été intégrée au protocole. Pas de contre-la-montre, pas de temps jusqu’à épuisement, pas de comparaison de puissance après trois heures, pas de course à pied derrière le vélo. Une dose pouvait donc être plus efficace sur le plan de l’oxydation du glucose sans que l’on sache si elle aidait davantage, autant ou moins à maintenir l’intensité visée.

Le protocole utilisait uniquement du glucose. Or, lorsque les apports montent, les stratégies modernes combinent souvent glucose et fructose afin de mobiliser plusieurs transporteurs intestinaux. Une méta-analyse publiée en 2025, regroupant 14 essais randomisés et 125 athlètes d’endurance, rapporte une oxydation exogène supérieure avec le mélange glucose-fructose par rapport au glucose seul. Cela ne fournit pas pour autant un ratio universel, mais cela empêche de convertir directement un plafond de glucose en cible totale de glucides.

Autre limite : l’ordre des essais n’était pas randomisé. Les 90 g/h étaient toujours testés en premier, puis venait la dose personnalisée. Malgré une familiarisation préalable, une partie de l’amélioration du confort digestif ou de l’effort perçu peut venir de l’habitude prise avec le protocole. Les auteurs le reconnaissent.

La concordance individuelle appelle aussi à éviter la fausse précision. Les limites d’accord entre les deux essais étaient d’environ ±0,20 g/min, soit près de ±12 g/h. Entre la variabilité biologique quotidienne et l’erreur de mesure, un résultat rendu au gramme près donnerait une impression de certitude que l’étude ne justifie pas.

Enfin, deux heures et demie sous LT1, à jeun et en laboratoire ne reproduisent pas automatiquement un 70.3, un Ironman ou un marathon. La durée, l’intensité, l’état des réserves, la forme des produits, la cadence de prise, l’hydratation et la fatigue accumulée peuvent modifier la réponse.

Tolérer, absorber, oxyder, performer

Ces quatre validations se touchent, mais elles ne se remplacent pas.

Une dose peut être tolérée sans être intégralement absorbée pendant l’effort. Elle peut être absorbée sans être entièrement oxydée dans la fenêtre observée. Une oxydation élevée peut améliorer la disponibilité énergétique sans produire, dans chaque protocole, un gain de performance mesurable. À l’inverse, limiter la lecture à l’oxydation instantanée peut manquer un effet sur le maintien de la glycémie ou l’épargne du glycogène hépatique.

Les études récentes illustrent bien ce problème. Chez 16 cyclistes ou triathlètes entraînés, un apport de 120 g/h sous forme de maltodextrine et de fructose a davantage limité la baisse de puissance critique après trois heures que 60 g/h ou de l’eau. Mais chez 12 hommes entraînés en loisir, 90 g/h n’a pas fait mieux que 40 g/h dans les protocoles testés. Ces résultats ne s’annulent pas. Ils décrivent des populations, des intensités, des mélanges et des critères de performance différents.

La revue contemporaine de Morton et ses collègues garde donc une position nuancée : les recommandations historiques vont jusqu’à 90 g/h pour les efforts dépassant 2 h 30 à 3 h, avec plusieurs glucides transportables. Une cible de 120 g/h peut être pertinente chez certains athlètes entraînés. Les apports de 120 à 200 g/h restent trop peu étayés pour devenir une norme générale, et les annonces de 200 ou 300 g/h chez quelques élites ne constituent pas une prescription pour le triathlète amateur.

Le chiffre dépend aussi du jour où tu le mesures

La chaleur suffit à montrer le problème. Dans une étude menée chez dix cyclistes ou triathlètes entraînés, 72 g/h de glucose ont été testés à 19 °C puis à 32 °C. En ambiance chaude, l’oxydation exogène moyenne baissait d’environ 15 %, son pic de 14 %, et le contre-la-montre était 15 % plus lent. Un test en laboratoire tempéré ne contient donc pas automatiquement la correction personnelle à appliquer sur une course chaude.

À 2 500 m, une autre étude a observé une oxydation exogène supérieure avec glucose-fructose par rapport au glucose seul pendant la course à pied. Les deux conditions glucidiques amélioraient le contre-la-montre face au placebo, sans différence de performance entre elles. Comme l’étude ne comparait pas directement altitude et niveau de la mer, elle ne permet pas d’affirmer que l’altitude réduit toujours l’utilisation des glucides ingérés.

Et puis l’intestin s’entraîne. La revue de Jeukendrup décrit des adaptations possibles du confort gastrique, de la vidange, de l’absorption et potentiellement de l’oxydation avec un entraînement nutritionnel répété. La tolérance est le signal le mieux établi. L’ampleur des adaptations métaboliques et le protocole humain idéal restent moins certains. Un test ponctuel photographie donc une capacité actuelle, pas forcément une limite définitive.

Ce que la science permet de dire, et ce qu’elle ne permet pas de dire

Elle permet de dire

  • Qu’un test isotopique peut estimer l’oxydation exogène du glucose pendant un effort standardisé.
  • Que, chez les 11 participants de Podlogar et al., 65 g/h en moyenne ont reproduit le pic moyen obtenu avec 90 g/h, avec une meilleure efficacité d’oxydation.
  • Qu’une dose standard élevée de glucose peut dépasser la quantité oxydée dans certaines conditions.
  • Que la combinaison glucose-fructose peut augmenter l’oxydation exogène par rapport au glucose seul.

Elle ne permet pas de dire

  • Que 65 g/h est une dose optimale universelle ou la meilleure dose de compétition.
  • Que le test améliore directement la performance.
  • Qu’une valeur de glucose suffit à prescrire une cible totale glucose-fructose au gramme près.
  • Que 120 g/h constitue la nouvelle norme pour tous les triathlètes.
  • Que chaleur ou altitude peuvent être corrigées automatiquement depuis un test standard.

Le papier déclare plusieurs relations professionnelles avec l’industrie de la nutrition sportive : conseil rémunéré pour NDuranz, emploi chez Precision Hydration après la recherche, financements et activités de conseil pour d’autres acteurs du secteur. L’étude indique ne pas avoir reçu de financement externe. Ces déclarations ne disqualifient pas les résultats. Elles imposent simplement de séparer la validation analytique, la règle de calcul choisie, la communication commerciale et la preuve d’un bénéfice en compétition.

Transformer la mesure en protocole de course

La méthode BPC de validation terrain

  1. Fixer une première dose cohérente avec la durée, l’intensité, l’historique digestif et les recommandations disponibles.
  2. La tester sur des séances spécifiques avec les produits, la cadence de prise et l’hydratation prévus en compétition.
  3. Comparer le prévu au réalisé : quantité réellement ingérée, symptômes, puissance ou allure maintenue, perception de l’effort et dérive sous fatigue.
  4. Maintenir, augmenter ou réduire progressivement selon la demande de la séance et la répétabilité, pas selon un chiffre isolé.

Ce cadre est une méthode BPC de validation terrain, pas un protocole validé par l’étude Podlogar. Si une cible passe sur deux heures faciles mais se désagrège à intensité course, sous la chaleur ou après quatre heures, elle n’est pas encore validée pour l’objectif.

Le test améliore le premier réglage. La cible devient crédible quand elle survit aux produits de course, à l’intensité prévue, à la chaleur probable et à plusieurs répétitions. Au prochain entraînement spécifique, la question utile est simple : combien était prévu, combien a réellement été ingéré, et qu’est devenue la performance dans la dernière heure ?

Pour aller plus loin

Construis un premier plan avec les outils BPC, puis confronte-le aux séances spécifiques et au prévu-réalisé.

Calculer une première cible avec TriCarb Flow

Simuler la stratégie complète de course

Carbohydrate loading : ce que la science nuance

Glycogène et stratégies glucidiques en endurance

Références

Étude centrale

  1. Podlogar T, Cooper-Smith N, Gonzalez JT, Wallis GA. Personalised carbohydrate feeding during exercise based on exogenous glucose oxidation: a proof-of-concept study. Performance Nutrition. 2025;1(1). DOI 10.1186/s44410-025-00003-9.

Sources indépendantes et mise en perspective

  1. Gohari Dezfuli Z, et al. Comparing the Effects of Glucose-Fructose versus Glucose on the Oxidation Rate: A Systematic Review and Meta-Analysis. Iranian Journal of Public Health. 2025;54(4):723-738. PMID 40321909.
  2. Jeukendrup AE. Training the Gut for Athletes. Sports Medicine. 2017;47(Suppl 1):101-110. PMID 28332114.
  3. Morton JP, et al. From Metabolism to Medals: Contemporary Perspectives and Revisiting Carbohydrate Guidelines for Fueling Endurance Athletes during Exercise. The Journal of Nutrition. 2026;156(5):101442. PMID 41759826.
  4. Norte BR, et al. Graded Carbohydrate Ingestion up to 120 g/h Attenuates the Reduction in Critical Power Following 3 h of Moderate-Intensity Exercise in a Dose-Dependent Manner. Scandinavian Journal of Medicine & Science in Sports. 2026;36(6):e70326. PMID 42322010.
  5. Fleitas-Paniagua PR, et al. Recommended but Not High Carbohydrate Dose Improves Performance After Heavy- but Not Moderate-Intensity Exercise in Recreationally Trained Participants. Scandinavian Journal of Medicine & Science in Sports. 2026;36(5):e70288. PMID 42018708.
  6. Reynolds KM, et al. A Warm Environment Reduces Exogenous Glucose Oxidation and Endurance Performance during Cycling with Facing Airflow. Medicine & Science in Sports & Exercise. 2025;57(5):1043-1055. PMID 39690507.
  7. Arjomandkhah NC, et al. Glucose and fructose contributions to exogenous carbohydrate oxidation and performance at moderate altitude. The Journal of Physiology. 2026. PMID 42166208.

Contexte éditorial et institutionnel, non utilisé comme preuve autonome

  1. Global Triathlon Network. How Many Carbs Does Your Body ACTUALLY Use? YouTube, 2026. Voir la vidéo.
  2. University of Birmingham. Personalising carbohydrate consumption to unlock peak performance. YouTube, 2 juin 2026. Voir la vidéo.

Étude centrale : Performance Nutrition

Titre original : Personalised carbohydrate feeding during exercise based on exogenous glucose oxidation: a proof-of-concept study

Tim Podlogar, Natasha Cooper-Smith, Javier T. Gonzalez, Gareth A. Wallis

Universities of Exeter, Bath et Birmingham, Royaume-Uni

9 avril 2025 | DOI: 10.1186/s44410-025-00003-9

Copyright © 2025 The Author(s)