Après le footing de contact du jour 1, le vrai travail commence. Test TL20 en montée, séance spécifique 70.3 complète, eau libre avec houle. En deux jours, le stage a basculé du mode "installation" au mode "production". Voici ce qui s'est passé, et pourquoi ça ne pourrait pas se passer ailleurs.
Jour 2 : le test TL20 en col
Lundi matin, 9h. Le groupe s'élance vers le col. 30 minutes de pédalage tranquille pour y arriver. Le soleil est revenu après le brouillard de dimanche. Conditions parfaites.
Le test TL20, c'est un effort maximal de 20 minutes. L'objectif : recalibrer les zones de travail de chaque athlète pour le reste du stage. Pas les zones théoriques du profil TrainingPeaks, pas les zones du dernier test sur home trainer fait en novembre. Les zones du moment, dans les conditions réelles, avec la forme actuelle.
Pourquoi en montée ?
Quand tu habites en Île-de-France ou en plaine, trouver un col propre pour un effort calibré de 20 minutes, c'est compliqué. Tu te retrouves sur des faux-plats entrecoupés de ronds-points, de feux, de portions de descente qui cassent le rythme. L'effort n'est jamais constant, et la puissance mesurée est polluée par les micro-variations de terrain.
En montée, la résistance est gravitationnelle. Elle est constante. Tu ne peux pas "coaster" entre deux coups de pédale. Chaque seconde passée sans pousser, tu ralentis. L'effort est honnête : il reflète exactement ce que tu es capable de produire de façon soutenue.
- Régularité forcée. La pente impose un effort continu. Pas de micro-pauses, pas de roue libre. Le coefficient de variation de la puissance est naturellement plus bas qu'en plaine.
- Position de grimpeur vs aéro. En montée, la position est différente du contre-la-montre. C'est un test de la capacité à produire de la puissance en position relevée, ce qui mobilise davantage les fessiers et les ischio-jambiers.
- Conditions mentales de course. La route impose son rythme. Tu ne peux pas t'arrêter au milieu d'un col sans raison. L'engagement psychologique est différent du home trainer, où le bouton "stop" est toujours à portée de main.
Ce que les résultats changent pour la suite du stage
Les repères d'intensité ont été mis à jour dans la foulée. Chaque athlète repart avec ses zones actualisées pour les séances des jours suivants. C'est la différence entre un stage où tout le monde roule "au feeling" et un stage où chaque effort est calibré sur une donnée fraîche.
Sans ce test, les zones utilisées pour les séances de la semaine seraient celles du dernier test en date, parfois vieux de 2-3 mois. Or, la forme évolue. Surtout dans la période de montée en charge pré-saison. Un test réalisé en janvier ne dit plus rien de pertinent en avril.
Jour 3 : spécifique 70.3 et eau libre
Mardi, la journée est construite autour d'une séance que le quotidien ne permet quasiment jamais : un spécifique 70.3 complet. Natation, vélo, course à pied le matin. Les trois disciplines, aux intensités cibles de course, avec les transitions.
Les critères d'une bonne séquence spé 70.3
Une séance spécifique 70.3, ce n'est pas "nager puis rouler puis courir". Si c'était juste ça, n'importe quel brick ferait l'affaire. Ce qui rend la séance spécifique, c'est le travail sur les facteurs qui font la différence le jour de la course, au-delà de la simple production de watts ou d'allure.
- La régularité au pédalage. Pas le nombre de watts, la constance des watts. Le VI (Variability Index) comme indicateur de qualité de l'effort. Un VI proche de 1.00, c'est un effort bien géré. Au-dessus de 1.05, tu as gaspillé de l'énergie en à-coups.
- L'alimentation en mouvement. Manger et boire à allure de course, pas à l'arrêt. Savoir quand ouvrir un gel, comment tenir le bidon en position aéro, quel est le rythme d'ingestion qui passe sans trouble digestif. C'est de l'entraînement spécifique autant que le pédalage lui-même.
- L'hydratation. Tester les quantités, la concentration, la fréquence. Ce qui marche sur un entraînement de 2h en zone 2 ne marche pas forcément sur un effort à 75-80% de FTP pendant 2h30.
- La gestion de l'effort dans la durée. Apprendre à démarrer sous le seuil et à tenir, plutôt que partir "bien" et craquer au km 15 de la course à pied. C'est un apprentissage qui nécessite de la répétition en conditions proches de la course.
- Le placement et les distances en groupe. Savoir rouler à 12 mètres exactement derrière le concurrent devant toi (règle IRONMAN). S'entraîner à maintenir cette distance à allure de course, pas juste en théorie. Travailler les dépassements propres sans créer de situation de drafting.
Une séance spécifique ne se juge pas au TSS qu'elle génère. Elle se juge à la qualité d'exécution de chaque composante : pacing, nutrition, hydratation, placement. Le TSS, c'est une conséquence. La qualité, c'est l'objectif.
L'eau libre en fin de journée
En fin de journée, les plus motivés sont allés travailler en eau libre. Houle, eau fraîche, départs, dauphines. Ce n'est pas du volume supplémentaire, c'est du travail technique que la piscine ne peut pas reproduire.
La piscine, c'est un environnement stable : eau calme, repères visuels (ligne de fond, mur), température constante. L'eau libre, c'est l'inverse : pas de ligne, pas de mur, la houle te déplace, l'eau est plus froide, tu ne vois pas le fond. Les adaptations nécessaires sont motrices (navigation, amplitude de bras modifiée, fréquence de respiration ajustée) mais surtout nerveuses : tu dois recalibrer ta proprioception à chaque session.
- Dauphines. L'entrée et la sortie d'eau sont des moments techniques spécifiques. Plonger dans les vagues, courir dans 40 cm d'eau, remonter sur la plage. Ça ne s'improvise pas le jour J.
- Départs en groupe. Nager au contact, gérer les coups, trouver les pieds, respirer dans les remous. C'est un stress mécanique et nerveux que la piscine ne simule pas.
- Navigation. Lever la tête tous les 6-8 coups de bras pour viser une bouée sans perdre trop de vitesse. C'est un geste technique à part entière qui mange de l'énergie s'il est mal exécuté.
Ici, la mer est en bas de l'hôtel. Pas de transport, pas de logistique. Tu enfiles ta combi et tu y es. C'est un avantage logistique simple mais décisif : ça transforme l'eau libre d'un événement exceptionnel en une routine quotidienne.
L'environnement qui fait la différence
Un col à 30 minutes de pédalage. La mer en bas de l'hôtel. La piscine sur place. Le soleil et 20-25°C. Ce n'est pas du tourisme sportif : c'est de l'optimisation logistique.
En deux jours, les athlètes ont fait un test d'effort en conditions réelles, une séance spécifique 70.3 complète avec les trois disciplines, et une session d'eau libre. Reproduire ce programme en une semaine classique, entre le travail, les trajets et la météo, c'est quasiment impossible. Ici, c'est le programme de deux jours.
Aujourd'hui : la journée longue
Mercredi. Gros bloc vélo suivi d'un enchaînement en état de fatigue avancée. C'est la séance que tout le monde attend et que tout le monde redoute.
Le triathlon longue distance, c'est apprendre à produire juste en état de fatigue avancée. Pas produire beaucoup, produire juste. Tenir une puissance cible après 4h de vélo. Courir à allure régulière avec des jambes qui pèsent 10 kg de plus qu'au départ. C'est un apprentissage spécifique qui nécessite de se mettre volontairement en état de pré-fatigue contrôlée.
La pré-fatigue n'est pas de la destruction. C'est un outil. Tu charges le système en amont pour observer comment il performe quand les réserves sont entamées. C'est exactement ce qui se passe au km 30 du marathon d'un Ironman : tu ne cours plus avec tes jambes fraîches, tu cours avec ce qu'il reste. Et ce "ce qu'il reste", ça s'entraîne.
Lire l'épisode précédent : Jour 1 : le stage commence avant la performance
Questions Fréquentes
Qu'est-ce qu'un test TL20 en triathlon ?
Le test TL20 (Temps Limite 20 minutes) est un effort maximal de 20 minutes qui permet d'estimer la puissance critique ou le seuil fonctionnel d'un athlète. Réalisé en montée, il offre un effort à puissance constante sans les variations de terrain plat (feux, ronds-points, vent), ce qui rend la mesure plus fiable et plus reproductible.
Pourquoi faire un test d'effort en montée plutôt que sur home trainer ?
En montée, la résistance est gravitationnelle et constante, ce qui force un effort régulier sans micro-pauses. Le home trainer est valide mais ne reproduit pas les conditions réelles de course (chaleur, position aéro vs grimpeur, gestion de l'effort en extérieur). Le col permet aussi de travailler le mental en conditions de course : tu ne peux pas t'arrêter, la route impose son rythme.
Qu'est-ce qu'une séance spécifique 70.3 ?
Une séance spécifique 70.3 enchaîne les trois disciplines (natation, vélo, course à pied) aux intensités cibles de course, en travaillant les transitions et la gestion de l'effort. Elle intègre aussi l'alimentation en mouvement, l'hydratation et le placement en groupe, soit tous les facteurs qui comptent le jour de la course au-delà de la simple production de watts ou d'allure.