Triathlète BPC sur home trainer entre une ambiance matinale et une ambiance de fin de journée.
L'heure fait partie du protocole, au même titre que l'échauffement, le matériel ou la caféine.

Un premier test a lieu à 7 h 10, avant le travail. Six semaines plus tard, l'athlète répète le même effort à 17 h 30. La puissance progresse. L'entraînement a peut-être fonctionné, mais l'heure a changé elle aussi.

Cette scène est générique, pourtant elle ressemble à beaucoup de suivis. On compare deux nombres parce que le nom du test est identique. Le reste du protocole passe au second plan. C'est précisément là qu'une variation de contexte peut se faire passer pour une progression, ou masquer une progression réelle.

L'heure devient une variable cachée

Une puissance de test n'est jamais produite hors sol. Elle dépend du niveau de forme, bien sûr, mais aussi de la familiarisation, du sommeil, du repas précédent, de la caféine, de la température, de la ventilation en intérieur et de ce qui s'est passé dans les heures qui précèdent. L'heure de la journée s'ajoute à cette liste.

Le corps ne fonctionne pas de manière strictement identique du réveil au coucher. Température corporelle, disponibilité neuromusculaire, vigilance et habitudes d'activité évoluent au fil de la journée. Cela ne signifie pas que chaque athlète possède une heure magique. Cela signifie qu'un test matinal et un test réalisé en fin d'après-midi ne sont pas forcément deux mesures prises dans le même contexte physiologique et comportemental.

Sur un suivi longitudinal, ce détail compte surtout quand l'écart observé est petit. Passer de 285 à 292 W peut être une vraie amélioration. Si le premier test a été fait tôt le matin et le second le soir, la confiance dans cette interprétation baisse. On ne soustrait pas mécaniquement 6 ou 7 W au nouveau résultat. On note simplement qu'une variable importante n'a pas été tenue constante.

Ce que l'étude de Singh a réellement testé

En 2026, Anmol Singh, Sarah Ahmed et Stuart Hesketh ont recruté 24 jeunes adultes en bonne santé, 12 femmes et 12 hommes. Ils étaient actifs de manière récréative, mais ne suivaient pas de programme d'entraînement structuré. Après une séance de familiarisation, chacun a réalisé deux contre-la-montre cyclistes auto-régulés de 10 minutes sur Wattbike.

Un essai avait lieu entre 8 h et 9 h, l'autre entre 17 h et 18 h, dans un ordre randomisé et contrebalancé. Au moins 72 heures séparaient les deux passages. Les réglages du vélo, l'échauffement, l'environnement et le retour d'information étaient standardisés. Pendant le test, les participants ne voyaient ni leur puissance, ni leur cadence, ni la distance parcourue. Ils recevaient seulement le temps écoulé.

Les chercheurs ont aussi demandé de reproduire l'alimentation préalable, d'éviter l'alcool et l'activité intense pendant 24 heures, puis la caféine pendant au moins 12 heures. Le sommeil et l'activité étaient suivis. Ce niveau de contrôle rend la comparaison matin-soir intéressante : il réduit plusieurs bruits habituels sans prétendre les éliminer tous.

Un écart moyen de 6,57 W en faveur du soir

Dans cet échantillon, la puissance moyenne sur les 10 minutes était supérieure le soir de 6,57 W, avec un intervalle de confiance à 95 % allant de 4,99 à 8,15 W. La puissance de pointe progressait en moyenne de 16,48 W et la distance de 0,11 km.

MesureÉcart soir moins matinIntervalle de confiance à 95 %
Puissance moyenne sur 10 min+6,57 W+4,99 à +8,15 W
Puissance de pointe+16,48 W+8,05 à +24,90 W
Distance parcourue+0,11 km+0,04 à +0,18 km

La fréquence cardiaque et le lactate sanguin étaient comparables entre les conditions. La perception de l'effort ne montrait pas d'effet principal significatif de l'heure. Autrement dit, le groupe a produit un peu plus le soir pour une contrainte physiologique mesurée qui paraissait proche.

Le mot important reste moyenne. L'étude décrit un effet de groupe. Elle ne dit pas que les 24 participants étaient tous meilleurs le soir, ni qu'un athlète donné gagnera 6,57 W en déplaçant son test.

Chronotype et milieu du sommeil : des pistes, pas un diagnostic

Les auteurs ont évalué le chronotype avec un questionnaire et suivi le sommeil pendant sept jours à l'aide d'un Fitbit Inspire 3. Le chronotype était associé à environ 22 % de la variance de l'écart matin-soir. Le milieu habituel du sommeil, c'est-à-dire le point situé à mi-chemin entre l'endormissement et le réveil, était associé à environ 27 % de cette variance.

Ce résultat suggère que l'amplitude de la variation n'est pas identique pour tout le monde. Une personne au rythme plus tardif pourrait être davantage pénalisée le matin. Mais ces analyses étaient secondaires, exploratoires et l'étude n'avait pas été dimensionnée spécifiquement pour elles. Le questionnaire et l'heure du sommeil restent des indicateurs comportementaux. Ils ne mesurent pas directement la phase circadienne interne, comme le feraient des marqueurs biologiques contrôlés.

Et un bracelet grand public ne transforme pas sept nuits de suivi en laboratoire du sommeil. Ces données aident à formuler une hypothèse individuelle, pas à fabriquer une correction automatique de FTP.

Ce que la science permet de dire

Dans le cadre exact de cette étude

Chez ces 24 jeunes adultes et sur ce contre-la-montre cycliste de 10 minutes, la performance moyenne était meilleure entre 17 h et 18 h qu'entre 8 h et 9 h. L'heure du test peut donc déplacer le résultat observé et brouiller une comparaison longitudinale.

Le chronotype et le timing habituel du sommeil pourraient contribuer à la variabilité individuelle. Standardiser l'heure, en plus des autres conditions, rend une série de tests plus interprétable.

Ce qu'elle ne permet pas d'affirmer

Les limites changent la portée du résultat

L'échantillon est petit. Les participants sont jeunes, actifs mais non entraînés de manière structurée. L'effort dure 10 minutes et chaque personne n'a réalisé qu'un seul essai à chaque horaire. Une part de variabilité quotidienne peut donc subsister.

On ne peut pas transposer directement ces chiffres à une FTP, à un test long, à des triathlètes entraînés ou à un Ironman. L'étude ne montre pas davantage que 18 h serait l'heure optimale universelle, que le soir mesure mieux la forme, ou que le chronotype explique à lui seul la réponse de chacun.

Protocole BPC pour rendre deux tests comparables

Dans la vraie vie, tout ne sera jamais parfaitement contrôlé. Le but est de verrouiller ce qui peut l'être, puis de consigner le reste avant d'interpréter quelques watts d'écart.

AVANT LE PROCHAIN TEST
  1. Garde la même plage horaire, idéalement à une heure près.
  2. Note le sommeil précédent, l'heure de coucher, le réveil et toute nuit inhabituelle.
  3. Reproduis le dernier repas, l'hydratation et la caféine, autant que ton agenda le permet.
  4. Utilise le même échauffement et la même durée de récupération avant le départ du test.
  5. Conserve le vélo, le capteur, l'étalonnage et les réglages, puis vérifie la batterie et le firmware.
  6. Reproduis l'environnement : intérieur ou extérieur, température et ventilation.
  7. Garde le même feedback pendant l'effort : données visibles, écran masqué ou consignes du logiciel.
  8. Écris ce qui a changé avant de décider si le score justifie une modification des zones.

Ce protocole ne garantit pas une mesure parfaite. Il rend surtout l'erreur plus visible. Si l'horaire a bougé de dix heures, si la caféine était absente lors du premier test ou si la pièce était beaucoup plus chaude, l'écart de puissance doit être interprété avec davantage de prudence.

Standardiser pour suivre, spécifier pour préparer

Deux objectifs sont souvent mélangés. Quand je veux suivre une progression, je standardise. Je cherche à répéter le test dans une fenêtre horaire et un contexte aussi proches que possible. La tendance devient plus lisible, et une modification de zones repose sur autre chose qu'un score isolé.

La préparation spécifique répond à une autre question. Si une compétition démarre tôt, il peut être utile de réaliser certaines séances clés à l'heure prévue du départ, avec le réveil et l'alimentation correspondants. Le but n'est alors plus de comparer proprement deux tests de laboratoire. Il est d'apprendre à produire dans le contexte réel de la course.

Un athlète qui ne peut tester que le matin n'a donc aucune raison de déplacer systématiquement ses évaluations le soir pour chercher un chiffre plus haut. Il a intérêt à tester le matin de manière répétable. Et si son prochain objectif impose un départ très tôt, cette contrainte devient une donnée à entraîner.

La règle avant de changer une FTP

Avant ton prochain test, consigne l'heure, le sommeil, le dernier repas, la caféine, l'échauffement, le matériel et la température. Quand le résultat tombe, compare d'abord ces lignes avec celles du test précédent. Si plusieurs ont bougé, attends une confirmation sur le terrain avant de reconstruire toutes tes zones autour de quelques watts.

Source

Singh A., Ahmed S., Hesketh S. J. (2026). « Circadian phenotype is associated with diurnal variation in human exercise performance ». European Journal of Applied Physiology. Article intégral. DOI 10.1007/s00421-026-06352-0. PMID 42455307.
Pour aller plus loin

Compare tes efforts avec l'outil Critical Power vélo, en conservant le même protocole d'un test à l'autre.

À lire au Labo : LT2, puissance et fréquence cardiaque.