Le 10 octobre 2026, Christian Masera termine Kona en 11 h 07 min 02 s, deuxième des 70 classés M65-69. C’est le plus rapide de ses trois Kona. À plus de 65 ans, il monte sur son deuxième podium mondial de la saison.
Vingt mois avec un athlète qui connaît déjà Hawaï
Quand notre collaboration commence, le 24 février 2025, Christian a déjà deux Kona derrière lui. Il connaît la longue distance, les semaines d’entraînement qui la précèdent et la difficulté de courir après tant d’heures sur le vélo. À la différence de Gwen, accompagné pendant sept ans jusqu’à son titre, notre histoire commune tient ici sur vingt mois.
Mon travail commence avec cette expérience. Il faut trouver la charge à laquelle Christian répond bien, puis l’organiser autour des courses qui comptent pour lui. Très vite, nous trouvons un fonctionnement simple.
« Entre nous, il n’y a jamais eu de friction. On a trouvé rapidement la bonne charge et il répond bien à ma façon d’entraîner. Au fond, on partage la même vision de l’entraînement et de la pratique. »
Benjamin Pernet
924 heures de triathlon, le vélo en premier
Entre le début du suivi et le 10 octobre 2026, Christian réalise 727 séances. Le temps passé dans les trois disciplines se répartit ainsi :
| Discipline | Séances | Heures |
|---|---|---|
| Vélo | 249 | 506 h |
| Course à pied | 280 | 292 h |
| Natation | 169 | 126 h |
Il faut ajouter 29 autres séances, environ 52 heures, dont de la randonnée. Le total toutes activités atteint 977 heures. Les durées sont arrondies par discipline : ce total n’est pas celui des seules heures de triathlon.
La moyenne toutes activités passe de 10,5 heures par semaine en 2025 à 12,7 heures en 2026, sur les périodes suivies, donc jusqu’à Kona pour la seconde année. Elle lisse les variations de la saison, dont les stages vélo de mars et les semaines de récupération. Elle ne donne pas une semaine type à reproduire.
Le vélo représente plus de la moitié du temps de triathlon, avec des séances moins nombreuses mais plus longues que celles de course à pied. Et Christian absorbe les gros stages de mars. C’est une capacité de travail que je repère vite, sans avoir à multiplier les changements de méthode pour que nous arrivions à travailler ensemble.
En 2025, la progression ne suit pas une ligne droite
À Nice, en juin, Christian termine troisième des 52 classés M60-64 en 5 h 41 min 05 s. Ce chrono est plus lent que son 5 h 31 min 31 s de 2023. En novembre, il prend la 35e place sur 157 M60-64 aux Mondiaux 70.3 de Marbella, en 5 h 33 min 37 s. Le début de notre collaboration n’efface pas les écarts entre les courses.
Bahreïn donne un autre repère. En décembre, il y gagne sa catégorie en 4 h 48 min 33 s, son meilleur temps sur cette épreuve. Ses références antérieures étaient de 4 h 57 min 14 s en 2022, 4 h 56 min 25 s en 2023 et 5 h 02 min 50 s en 2024. Cette comparaison éclaire un résultat précis, sans faire de chaque course de 2025 une amélioration sur les années d’avant.
Après Thoune, reconstruire sans repartir de zéro
Fin juin 2026, l’Ironman de Nice est annulé à cause de la canicule. La préparation est faite, la course disparaît. Christian se reporte sur Thoune sept jours plus tard et y gagne sa catégorie.
Ensuite, quatre semaines sont consacrées à la récupération, puis huit à la reconstruction. Le Mondial 70.3 de Nice arrive pendant ce retour au travail. Nous n’organisons pas de pic complet pour cette course : Hawaï reste l’échéance principale.
Pour comparer les deux préparations Ironman, je prends la même durée avant chaque départ. La fenêtre de Kona commence deux semaines après Thoune ; elle comprend donc une partie de la récupération, pas seulement les semaines les plus chargées.
| Repère de préparation | Thoune | Kona |
|---|---|---|
| Natation, vélo et course, par semaine | 11,8 h | 11,9 h |
| Sorties vélo d’au moins 4 h | 5 | 4 |
| Courses à pied d’au moins 100 min | 5 | 6 |
| Charge moyenne par jour | 94 | 86 |
| Pic de CTL, hors jours de course | 103 | 93,5 |
| CTL la veille du départ | 91,1 | 85,6 |
Le temps hebdomadaire dans les trois sports est presque identique. La préparation de Kona conserve des sorties longues dans les deux disciplines terrestres, avec une charge moyenne et un sommet de charge chronique plus bas. Le CTL est une estimation de charge issue de l’entraînement enregistré, pas une mesure physiologique ni un relevé des sensations de Christian.
La préparation de juillet est encore là quand nous construisons celle d’octobre. Le résultat de Kona ne me conduit donc pas à conclure qu’une charge plus faible aurait, à elle seule, produit un meilleur Ironman. Les parcours changent aussi. Ce que je retiens pour la suite, c’est la place laissée à la récupération entre les deux rendez-vous, tout en conservant les séances longues nécessaires à son projet.
À vélo, une intensité différente selon la distance
Sur demi-distance, les puissances normalisées de Christian se situent entre 173 et 185 W, pour un facteur d’intensité, ou IF, de 0,79 à 0,84. À Bahreïn, il roule à l’extrémité basse de cette plage ; à Marbella, à 182 W. Les terrains et les durées changent, les watts ne se lisent pas indépendamment de la course.
Sur Ironman, le repère descend à 159-160 W, soit un IF de 0,72-0,73. À Thoune comme à Kona, l’effort reste dans cette plage plus basse pour pouvoir courir ensuite. La puissance normalisée tient compte des variations d’effort ; l’IF la rapporte à la puissance de référence utilisée, ici 220 W. Ce ne sont pas des pourcentages de vitesse.
À Hawaï, Christian roule plus vite qu’à Thoune avec une puissance normalisée presque inchangée. Les parcours diffèrent et les conditions de roulage ne sont pas contrôlées : ces deux vélos ne constituent pas un test de rendement à conditions identiques.
Recaler le marathon et les transitions dans le plan
Le scénario de course donne des repères que je dois confronter à l’arrivée. Pour Kona, les trois disciplines sont plus rapides que prévu, mais les transitions absorbent une partie de l’avance.
| Segment | Plan | Réalisé | Écart |
|---|---|---|---|
| Natation | 1:28:00 | 1:25:58 | −2:02 |
| Vélo | 5:47:42 · NP 156 W | 5:42:29 · NP 159 W | −5:13 |
| Marathon | 3:57:44 | 3:46:40 | −11:04 |
| Transitions | 5:00 | 11:55 | +6:55 |
| Total | 11:18:26 | 11:07:02 | −11:24 |
Les transitions réalisées correspondent au temps final moins les trois disciplines. Leur total peut différer d’une seconde de l’addition des temps T1 et T2 affichés, du fait des arrondis.
Les cinq minutes prévues pour les deux transitions étaient un forfait, trois pour la première et deux pour la seconde. Il était trop bas. Lire l’écart comme du temps gratuitement perdu par Christian reviendrait à lui reprocher une estimation insuffisante du plan. Il faut d’abord recaler cette prévision sur les transitions de Kona.
À vélo, la puissance normalisée réalisée reste à moins de 2 % de la cible. Le marathon explique la plus grande part de l’avance dans les trois sports. J’avais prévu plus lent qu’à Thoune, où Christian avait couru en 3 h 54 min 48 s, pour tenir compte de la chaleur hawaïenne. La prévision était trop prudente sur cette édition.
Il faut la recalibrer. Cela ne veut pas dire donner d’emblée une allure de départ plus rapide : la cible doit rester compatible avec ce qu’il peut tenir après le vélo. Je ne déduis pas une réserve inutilisée du seul écart entre le plan et le chrono final.
Son meilleur Kona ne contient pas son meilleur marathon
| Édition et catégorie | Rang | Natation | Vélo | Marathon | Total |
|---|---|---|---|---|---|
| 2018 · M55-59 | 60e / 132 | 1:29:15 | 5:53:36 | 3:45:02 | 11:20:25 |
| 2022 · M60-64 | 18e / 201 | 1:26:59 | 5:53:04 | 3:56:44 | 11:28:52 |
| 2026 · M65-69 | 2e / 70 | 1:25:58 | 5:42:29 | 3:46:40 | 11:07:02 |
Le gain total est de 13 min 23 s face à 2018 et de 21 min 50 s face à 2022. Le vélo est plus rapide dans les deux comparaisons, de 11 min 07 s et de 10 min 35 s respectivement. Le marathon reprend 10 min 04 s à celui de 2022, mais reste 1 min 38 s plus lent que celui de 2018.
C’est ce dernier écart qui me frappe. Huit ans plus tard, Christian court presque au même niveau après un vélo plus rapide. Sa qualité de coureur était déjà là avant moi. Le travail de ces vingt mois s’appuie dessus.
Les deux premières éditions précèdent notre collaboration, et les conditions de course, les plateaux comme les catégories d’âge changent. Cette trajectoire raconte ses trois participations ; elle ne permet pas de chiffrer un effet du coaching.
Face au vainqueur, le vélo pèse plus que le rang en natation
Le classement d’une discipline ne suffit pas à désigner le premier chantier. Pour regarder où se joue ce podium M65-69, je compare les écarts au vainqueur plutôt que les seuls rangs.
| Segment | Rang de Christian sur 70 | Écart au vainqueur |
|---|---|---|
| Natation | 21e | −6:36 |
| Vélo | 8e | +9:43 |
| Marathon | 2e | +0:38 |
| Transitions | Sans rang de segment | −0:35 |
| Arrivée | 2e | +3:10 |
Christian nage plus vite que celui qui gagne la catégorie et finit tout près de lui à pied. La perte à vélo dépasse l’écart final, malgré un rang de segment meilleur qu’en natation. C’est là que je regarderai d’abord pour chercher du temps, sans sacrifier son marathon.
La position sur le vélo, le matériel et les variations de puissance sont des pistes à examiner, pas des défauts que ces chronos auraient démontrés. Avant de relever la consigne de watts, je veux vérifier où Christian peut rouler plus vite à coût compatible avec sa course à pied.
Bravo Christian
Deux podiums mondiaux la même saison. Bravo Christian, et merci pour ta confiance.
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Retrouve aussi Kona 2026, le récit en images de Christian et Gwen.