Conclusion Principale
Le REDs (Déficit Énergétique Relatif dans le Sport) n'est pas seulement une question de calories,
mais une pathologie complexe affectant jusqu'à 65% des athlètes d'ultra-endurance.
Contrairement aux idées reçues, ce syndrome est souvent alimenté par des facteurs psychologiques
(perfectionnisme, croyances erronées sur le poids) et nécessite une approche incluant la santé mentale,
pas uniquement des ajustements nutritionnels.
Méthodologie de la Revue
Type d'Étude
Revue narrative de la littérature scientifique intégrant des études quantitatives et qualitatives.
Domaines Évalués
Psychiatrie du sport, Nutrition sportive, Physiologie de l'effort, Psychologie de la
performance.
Base de Preuves
Analyse approfondie de 16 études clés (10 quantitatives, 6 qualitatives/cas cliniques) portant sur
des coureurs d'ultra, des triathlètes et des nageurs longue distance.
Résultats Clés
65%
Des athlètes d'endurance potentiellement à risque de LEA (Faible
Disponibilité Énergétique) dans une étude.
88.2%
Prévalence du risque de troubles alimentaires (DE) relevée chez un groupe de
traileurs masters.
37.5%
Des femmes ultramarathoniennes présentant des fractures de fatigue dans une
cohorte analysée.
47%
Des athlètes masculins d'endurance identifiés à risque de LEA dans une
étude spécifique.
Prévalence Alarmante et Mythes Persistants
- Risque généralisé : Les études montrent que jusqu'à 65% des athlètes
peuvent être à risque de REDs, souvent à cause d'un déséquilibre chronique entre
l'énorme dépense énergétique de l'ultra et des apports insuffisants.
- Le mythe "Lighter is Faster" : Bien que la croyance selon laquelle
"plus léger égale plus rapide" persiste chez de nombreux athlètes, la recherche
actuelle ne soutient pas l'idée qu'une perte de poids améliore la performance de
manière durable, surtout au prix d'un déficit énergétique chronique.
- Impact osseux chez les deux sexes : Si les femmes sont souvent surveillées (61%
d'irrégularités menstruelles dans une étude), les hommes ne sont pas épargnés : 30% des
hommes d'une étude présentaient une densité osseuse compromise (Z-score < -1.0).
- Dépendance à l'exercice : 87.3% des athlètes dans une large cohorte
présentaient des indicateurs de dépendance à l'exercice, corrélés positivement avec des
risques de troubles alimentaires.
Le Conflit Psychologique Interne
- Cerveau Rationnel vs Irrationnel : Les athlètes décrivent un conflit constant.
Même en sachant rationnellement qu'ils doivent manger pour récupérer, le stress et la peur
de prendre du poids (cerveau irrationnel) prennent souvent le dessus.
- L'exercice comme punition : Les données qualitatives révèlent que
l'entraînement est parfois utilisé comme une forme d'auto-punition en cas de
"mauvaise" performance ou d'excès alimentaire perçu, s'apparentant à de
l'auto-mutilation.
- Ignorance de la douleur : Certains athlètes admettent continuer à
s'entraîner intensément malgré des blessures évidentes (fractures de fatigue), illustrant
une déconnexion dangereuse avec les signaux du corps.
La Découverte Majeure
Le Lien Psychologique Négligé
Le REDs est historiquement traité comme un problème purement physiologique
(Calories IN vs Calories OUT). Cette revue met en lumière que l'intentionnalité et les profils
psychologiques sont souvent la cause racine, rendant les protocoles purement nutritionnels
inefficaces s'ils sont isolés.
+12.9% de Cortisol
C'est l'augmentation observée chez des cyclistes bien entraînés
après seulement 4 semaines d'entraînement intensifié sans compensation nutritionnelle adéquate.
En parallèle, leur métabolisme de base a chuté de 3% et leur hormone thyroïdienne (T3) de 4.8%,
prouvant la rapidité de la dégradation hormonale.
Implications Pratiques pour le Triathlète
- Cessez de croire que "plus léger = plus performant" : Sur le long
terme, le déficit énergétique ruine vos adaptations à l'entraînement. La perte de poids
pour la performance est une stratégie risquée qui nécessite un encadrement professionnel strict.
- Surveillez votre santé mentale autant que vos watts : Si vous ressentez de
l'anxiété à l'idée de manger un jour de repos, ou si vous utilisez le sport pour
"brûler" un repas, vous êtes à risque. Le REDs commence souvent dans la tête avant de
casser les os.
- Fuellez l'entraînement, pas juste la course : Les besoins en ultra
dépassent souvent les capacités d'ingestion. Il est crucial de maximiser l'apport
glucidique *pendant* l'entraînement quotidien pour éviter un déficit chronique impossible à
rattraper.
- Ne négligez pas les signaux chez les hommes : Baisse de libido, fatigue
chronique, fractures de fatigue ne sont pas "normales". Les hommes sont tout autant
concernés par les déséquilibres hormonaux liés au REDs (baisse de testostérone).
- Consultez au moindre doute : Si vous êtes blessé de manière récurrente ou si
votre relation à la nourriture est conflictuelle, cherchez de l'aide auprès d'un
nutritionniste du sport *et* d'un psychologue. Traiter uniquement l'assiette ne suffit
souvent pas.
Limites de l'Étude Actuelle
Bien que cette revue offre une perspective cruciale, il est important de noter certaines limitations
inhérentes à la recherche sur l'ultra-endurance.
Hétérogénéité des méthodes : Les études analysées utilisent des outils de mesure très
variés (questionnaires vs mesures en labo), ce qui rend difficile la comparaison directe des taux de
prévalence exacts.
Manque de données masculines : Historiquement, la recherche s'est concentrée sur la
"Triade de l'athlète féminine". Bien que cela change, les données spécifiques aux hommes
et aux athlètes non-binaires restent moins nombreuses.
Définition de l'Ultra : La définition même de l'ultra-endurance (épreuves >
6h) englobe une grande variété d'efforts et de profils d'athlètes (amateurs vs élites), dont
les contraintes nutritionnelles peuvent différer.
Outils de diagnostic : Les outils actuels de dépistage du REDs (comme le CAT-2) sont
complexes et difficilement auto-administrables par l'athlète seul.
Priorités de Recherche Future
Pour mieux protéger les athlètes, la recherche doit évoluer vers une approche plus intégrative.
Axe de recherche 1 : Mieux comprendre les traits de personnalité spécifiques
(perfectionnisme, obsession) qui prédisposent les ultra-traileurs au REDs.
Axe de recherche 2 : Développer des protocoles de traitement qui intègrent
systématiquement la dimension psychologique (troubles alimentaires) aux protocoles de retour au sport.
Axe de recherche 3 : Étudier davantage les populations masculines et masters (+40 ans),
souvent oubliées mais fortement représentées dans les pelotons d'Ironman et d'Ultra-Trail.
Source : Journal of Eating Disorders
Revue Narrative
Exploring the presentation of REDs in ultra endurance sport: a review
Jill Colangelo, Alexander Smith, Keely Henninger, Anna
Buadze et Michael Liebrenz
University of Bern, Switzerland / Oregon Health and
Sciences University
Publié le 26 Septembre 2025 - © The Author(s) 2025