Ranieri et al. (IJSPP, 2026) comparent la fréquence cardiaque et l'allure de course pour cibler les zones d'entraînement chez 37 coureurs récréatifs.
La prescription par fréquence cardiaque permet de passer significativement plus de temps dans la zone d'intensité prescrite que l'allure de course, autant en endurance basse (85% vs 69%) qu'en HIIT (41% vs 27%). Mais au-dessus du seuil, aucune des deux méthodes ne suffit seule : la précision chute drastiquement pour les deux approches.
L'immense majorité des coureurs utilisent soit la fréquence cardiaque, soit l'allure pour calibrer l'intensité de leurs séances. Les deux approches reposent sur des logiques différentes :
Mais laquelle permet réellement de rester dans la zone prescrite ? Aucune étude n'avait comparé directement les deux méthodes avec un design rigoureux. C'est la question posée par Ranieri et ses collègues de l'université Rey Juan Carlos (Madrid).
37 coureurs récréatifs (âge moyen 38.9 ± 9.3 ans, V̇O2max moyen 53.7 ± 6.5 mL/kg/min). Un profil typique de coureur populaire bien entraîné, représentatif de la majorité des triathlètes age-group.
Crossover randomisé : chaque coureur a réalisé les deux méthodes (FC et allure), éliminant les biais inter-individuels. C'est le gold standard pour ce type de comparaison.
Test incrémental sur tapis roulant pour déterminer V̇O2max, les seuils ventilatoires (VT1, VT2) et la FC max. Puis un 5 km chrono sur piste pour établir l'allure de référence (race pace).
Le Training Execution Accuracy (TEA) mesure le pourcentage du temps total de la séance passé dans la zone d'intensité prescrite. Plus le TEA est élevé, plus la méthode est précise pour maintenir l'athlète dans la bonne zone.
L'explication est logique : en endurance basse, la FC reflète directement la charge interne (ce que ton corps subit), tandis que l'allure peut varier selon le terrain, le vent, la fatigue résiduelle ou la température. Deux coureurs à la même allure peuvent être dans des zones physiologiques très différentes.
Au-dessus du seuil, ni la FC ni l'allure ne permettent de cibler correctement l'intensité. La FC souffre de sa latence (elle met 1 à 3 minutes à se stabiliser) et de la dérive cardiaque en intervalles courts. L'allure, elle, est perturbée par la fatigue progressive et l'accumulation de lactate.
"TEA during HIIT was low for both prescription methods, highlighting the difficulty of maintaining target intensity at high intensities." — Ranieri et al.
Avant d'en tirer des conclusions définitives, plusieurs points à noter :
Cette étude confirme ce qu'on observe depuis des années sur le terrain : la FC est l'outil le plus fiable pour calibrer les séances d'endurance basse. Quand l'objectif est de rester en zone 2 pendant 45 minutes ou 1h30, la FC capture les variations que l'allure ignore (terrain, fatigue, conditions météo).
Mais attention : la FC n'est pas un outil parfait. La dérive cardiaque en fait un indicateur qui "ment" progressivement au fil d'un effort long. En chaleur, la FC monte sans que l'intensité métabolique réelle n'augmente. Et en intervalles courts, la latence la rend presque inutilisable pour piloter l'effort en temps réel.
L'étude ne teste pas la puissance de course, mais c'est un angle qui mérite d'être mentionné. Un capteur de puissance (Stryd, COROS POD) mesure la charge externe instantanée, sans la latence de la FC et sans les biais terrain de l'allure. En théorie, c'est l'outil idéal pour les intervalles. En pratique, la reproductibilité et la standardisation des capteurs actuels restent un sujet ouvert.
L'erreur serait de lire cette étude comme "la FC est supérieure, abandonnez l'allure". Le vrai enseignement est plus nuancé :
Aucun indicateur unique ne couvre tout le spectre d'intensité. Le coaching intelligent, c'est savoir quel outil utiliser dans quel contexte, pas en couronner un roi.
Source : International Journal of Sports Physiology and Performance (IJSPP)
Titre original : Comparison of Heart Rate- and Race Pace-Based Training Prescriptions on Training Execution Accuracy in Recreational Distance Runners
Ranieri LE, Del Coso J, García-Ortiz C, Jimenez A, Solano V, Casado A
Sports Science Research Centre, Rey Juan Carlos University, Madrid, Spain
24 Mars 2026 | DOI: 10.1123/ijspp.2025-0578
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