
Les tendances sur les réseaux sociaux encouragent les gens à consommer plus de protéines que ne le recommandent la plupart des directives officielles. Mais que dit vraiment la science ?
📅 Publication : Nature, Vol 647, 13 novembre 2025 | ✍️ Auteure : Mariana Lenharo
Le marché des aliments enrichis en protéines et des suppléments protéinés représente aujourd'hui des dizaines de milliards de dollars. Les influenceurs fitness, ainsi que certains professionnels, promeuvent des régimes hyperprotéinés comme le secret de la force et de la longévité.
Cependant, un écart important persiste entre ces recommandations populaires et les directives officielles. La question reste débattue : quelle quantité de protéines est réellement nécessaire pour maintenir une santé optimale ?
Les Recommended Dietary Allowances (RDA) établies en 2005 par les US National Academies of Sciences recommandent 0,8 gramme de protéines par kilogramme de poids corporel par jour. Cela équivaut à environ 56 g pour un adulte de 70 kg, soit l'équivalent de 250 g de poulet cuit.
Les autorités sanitaires européennes et mondiales recommandent des niveaux similaires ou légèrement supérieurs.
Donald Layman, chercheur à l'Université de l'Illinois, souligne un point crucial : "La RDA n'est pas une cible ; c'est simplement le minimum qui semble prévenir toute carence détectable."
Personnes âgées :
Une étude observationnelle menée sur 2 066 adultes âgés de 70 à 79 ans révèle des résultats significatifs :
Nicholas Burd recommande 1,2 g/kg pour une protection supplémentaire contre la sarcopénie chez les seniors.
Athlètes en musculation :
Une revue systématique de 2017 démontre que les suppléments protéinés augmentent la masse et la force musculaires chez les pratiquants de musculation.
Source : Morton et al., 2017
Certains influenceurs fitness recommandent jusqu'à 2,2 g/kg de poids corporel, soit près du triple des RDA officielles.
Selon Nicholas Burd : "Pour la plupart des gens, c'est simplement excessif. Il n'y a pas grand danger, sauf pour les personnes atteintes de maladies rénales, mais vous créez simplement un système inefficace où votre corps devient très efficace pour gaspiller les protéines alimentaires."
Fernanda Marrocos, chercheuse à l'Université de São Paulo, dénonce : "Le mythe des besoins protéinés accrus s'est infiltré dans l'imaginaire populaire, y compris chez les professionnels de santé, et a été commodément renforcé par l'industrie alimentaire."
Le corps humain nécessite 20 acides aminés pour fonctionner correctement, dont 9 considérés comme "essentiels" car ils ne peuvent être obtenus que par l'alimentation.
Donald Layman souligne une différence fondamentale : "Dans les produits d'origine animale, l'équilibre de ces neuf acides aminés essentiels correspond exactement à ce dont les autres animaux ont besoin. Dans les plantes, les acides aminés essentiels sont généralement présents, mais dans des proportions adaptées aux plantes."
Source : Forester et al., 2025
Cette différence majeure montre l'importance de considérer non seulement la quantité, mais aussi la qualité et l'équilibre en acides aminés des protéines consommées.
Une étude utilisant des traceurs isotopiques sur 56 jeunes adultes révèle que les protéines animales génèrent un gain protéique corporel supérieur aux protéines végétales à quantité équivalente.
Référence : Park et al., 2021
Santé cardiovasculaire : L'American Heart Association recommande de privilégier les protéines végétales, car les graisses saturées présentes dans les viandes rouges peuvent augmenter le risque de maladies cardiovasculaires.
Impact environnemental : La production de viande représente une source majeure d'émissions de gaz à effet de serre, constituant un coût environnemental élevé.
Contrairement aux craintes largement répandues sur les réseaux sociaux, la consommation protéique est généralement adéquate dans la plupart des régions du monde.
Une étude menée au Brésil révèle que la population consomme généralement bien au-delà des recommandations de l'OMS, même dans les groupes à faibles revenus.
Référence : Abramovay et al., 2025
Source originale : Nature, Vol 647, 13 novembre 2025
Auteure : Mariana Lenharo, reporter pour Nature à New York
Article analysé et synthétisé par BPC Triathlon Coaching pour Le Labo