Mesurer la durabilité en triathlon : un protocole vélo→course enfin fiable

Keller et al. (IJSPP, 2026) — 10 triathlètes, un protocole test-retest, la preuve que la performance sous fatigue est mesurable

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Conclusion Principale

Le VO2max frais ne suffit pas pour prédire la performance en triathlon. Cette étude prouve qu'on peut mesurer de façon fiable le profil physiologique sous fatigue post-vélo — VO2peak, seuils lactate, coût en oxygène — avec une reproductibilité excellente (ICC ≥ 0.845, erreur ≤ 3.6%). La durabilité n'est plus un concept flou : c'est une donnée mesurable et suivable dans le temps.

10
Triathlètes (5F / 5H)
60.4
VO2peak moyen (mL/min/kg)
≥ 0.845
ICC — reproductibilité des mesures fatiguées
≤ 3.6%
Erreur typique sur les mesures clés

Le protocole

Design

Test de fiabilité test-retest. Chaque participant réalise le protocole complet 2 fois dans des conditions identiques.

Participants

10 triathlètes bien entraînés — 5 femmes, 5 hommes, VO2peak moyen de 60.4 mL/min/kg.

Phase 1 — Test incrémental vélo

Test jusqu'à épuisement pour déterminer le VO2peak vélo et les seuils lactate vélo.

Phase 2 — Segment constant vélo à 85% du seuil lactate 2

Dosé en volume de travail : 20 kJ/kg pour les hommes, 15 kJ/kg pour les femmes. Simule la charge vélo pré-course à pied. L'intensité est standardisée par rapport au profil individuel de chaque athlète.

Phase 3 — Enchaînement immédiat : test incrémental course

Test jusqu'à épuisement en état de fatigue post-vélo. Mesure du VO2peak course, seuils lactate course, coût en oxygène, oxydation des substrats — le tout sous fatigue.

Résultats clés

✅ Mesures fiables sous fatigue

  • VO2peak fatigué : ICC ≥ 0.845 — reproductibilité excellente d'un test à l'autre
  • Coût en oxygène fatigué : ICC ≥ 0.845 — l'économie de course sous fatigue est mesurable de façon stable
  • Seuils lactate fatigués : ICC ≥ 0.845 — les seuils se déplacent sous fatigue, et ce déplacement est reproductible
  • Erreur typique ≤ 3.6% sur ces trois mesures — suffisant pour détecter des changements réels entre deux tests

➡️ On peut mesurer de façon fiable et reproductible la capacité de course sous fatigue post-vélo. Et la suivre dans le temps pour quantifier la progression.

❌ Mesures peu fiables sous fatigue

  • Utilisation fractionnelle du VO2peak au seuil lactique 2 : ICC ≈ 0.193 — quasi inutilisable, trop de variabilité d'un test à l'autre
  • Oxydation des substrats : erreur typique jusqu'à 19.6% — pour la stratégie nutritionnelle, les tests frais restent plus pertinents

➡️ Tout n'est pas mesurable sous fatigue. La répartition énergétique (lipides vs glucides) varie trop d'un test à l'autre pour être exploitable. Pour calibrer la nutrition, un test frais reste la référence.

L'implication majeure

L'écart frais → fatigué est mesurable, fiable, et constitue un indicateur de durabilité

Si tu testes ta course au repos ET après un vélo calibré, la différence entre les deux profils te donne ton coût de la fatigue. Et ce coût est reproductible — donc suivable dans le temps.

Concrètement : si ton VO2peak chute de 5% après le vélo en janvier et de seulement 2% en mai avec le même protocole, ta durabilité a progressé. Ce n'est plus une impression subjective — c'est une donnée.

Ce que ça change pour toi

1. Teste ta course APRÈS le vélo, pas au repos

Le VO2max frais ne raconte qu'une partie de l'histoire. Le profil fatigué est l'indicateur qui compte pour prédire ta performance le jour J. Si tu ne testes que frais, tu ne sais pas ce que tu vaux vraiment en course à pied.

2. Un protocole terrain reproductible (sans labo)

Pas besoin d'un labo pour appliquer le principe. Un brick calibré suffit :

3. Suivi longitudinal toutes les 4-6 semaines

Refaire le même protocole dans les mêmes conditions. Si la dérive diminue à allure égale, la durabilité progresse. C'est le principe du suivi longitudinal : la valeur absolue compte moins que la tendance.

4. Calibre ta stratégie de course sur les données fatiguées

L'allure marathon Ironman ne devrait pas être basée sur un test frais, mais sur ce que tu tiens après le vélo. C'est la différence entre un plan théorique et un plan qui tient la route sur 42 km.

Limites de l'étude

Implications Pratiques

🔬 L'analyse BPC

Cette étude valide scientifiquement ce que nous mesurons avec le BPC Durability Index : la performance sous fatigue, pas au repos.

  1. Le profil fatigué est la vraie métrique du triathlète. Un VO2max de 65 frais qui chute à 55 après le vélo ne vaut pas un VO2max de 60 qui tient à 58. La durabilité prime sur la capacité brute.
  2. Le suivi longitudinal est la clé. Un seul test ne dit pas grand-chose. Mais la tendance sur 3-4 tests dans les mêmes conditions dit tout : ta durabilité progresse, stagne ou régresse.
  3. Le brick calibré devient un outil de diagnostic. Pas besoin de matériel de labo. Un vélo à intensité stable + une course chronométrée dans les mêmes conditions = un test de durabilité reproductible.
  4. L'allure jour J se calibre sous fatigue. Chaque plan de course BPC intègre ce principe : ton allure marathon se base sur ce que tu tiens après le vélo, pas sur ton dernier test VMA.

Source : International Journal of Sports Physiology and Performance (IJSPP)

Titre original : Reliability of a Cycling-to-Running Transition Protocol to Assess Running Performance After Cycling in Triathletes

Keller et al. — Volume 21(2), pages 322-329, janvier 2026

DOI: 10.1123/ijspp.2025-0240

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