Tendinopathie achilléenne : ce n'est (peut-être) pas la pronation

Étude prospective Jandacka et al. (2026) — Biomécanique de la cheville et risque de tendinopathie chez le coureur

← Retour au Labo

Conclusion Principale

Un moment d'inversion de cheville plus élevé pendant la phase d'appui est associé à un risque plus faible de tendinopathie achilléenne. La distance de course hebdomadaire reste le facteur de risque le plus actionnable au quotidien. Le design prospectif de cette étude change la donne par rapport aux travaux antérieurs.

L'étude en chiffres

23
cas incidents de tendinopathie
2026
publication (PMID 41672607)
Prospectif
design (mesures AVANT blessure)

Pourquoi cette étude change la donne

La plupart des études sur la tendinopathie achilléenne chez le coureur sont rétrospectives : on mesure la biomécanique d'un athlète déjà blessé, puis on compare avec des sujets sains. Le problème ? On ne sait pas si les différences biomécaniques observées sont la cause de la blessure ou sa conséquence (compensation, appréhension, modification de la foulée).

L'étude de Jandacka et al. adopte un design prospectif. Les chercheurs ont mesuré la biomécanique de la cheville de coureurs avant toute blessure, puis les ont suivis dans le temps pour observer qui développait une tendinopathie. C'est la différence entre "cette personne blessée court différemment" et "cette façon de courir prédit la blessure".

Protocole

Les participants ont été évalués en laboratoire (cinématique et cinétique de la cheville pendant la course) puis suivis prospectivement. Les variables mesurées incluent le moment d'inversion de cheville et la rotation externe pendant la phase d'appui, pas la "pronation" au sens marketing du terme.

Précision importante

L'étude mesure des variables biomécaniques précises (moments articulaires, angles) et non la "pronation" telle qu'elle est utilisée dans l'industrie de la chaussure. Ce sont deux choses différentes. Les termes "surpronation" ou "sous-pronation" des magasins de running ne correspondent pas aux mesures scientifiques utilisées ici.

Résultats principaux

Findings clés

  • Un moment d'inversion plus élevé = risque réduit. C'est contre-intuitif. On pourrait penser qu'une cheville qui "force" davantage en inversion sollicite plus le tendon d'Achille. L'étude montre l'inverse : ce moment d'inversion pourrait refléter un meilleur contrôle neuromusculaire ou une meilleure capacité d'absorption des forces.
  • La distance de course est un facteur de risque significatif. Plus tu cours, plus tu augmentes le risque. Ce n'est pas une surprise, mais sa confirmation dans un design prospectif lui donne un poids supplémentaire.
  • Plusieurs variables biomécaniques significatives dans le modèle. 23 cas incidents identifiés pendant le suivi, avec un modèle statistique intégrant biomécanique et volume d'entraînement.

Ce que ça ne dit PAS

L'étude ne dit pas que la biomécanique n'a aucune importance. Elle dit que la relation est plus complexe que "pronation = blessure". Certaines variables mécaniques sont associées au risque, mais pas celles qu'on croit (et pas dans le sens qu'on croit).

Des travaux antérieurs avaient retrouvé des associations entre variables mécaniques et douleur achilléenne, mais sur des sujets déjà blessés, avec des designs moins robustes. L'avantage du prospectif, c'est qu'il capture le lien de temporalité : la mesure précède la blessure.

Implications pour le triathlète

Le volume reste le levier numéro un

La biomécanique, tu ne la changes pas facilement (et tu ne devrais probablement pas essayer sans accompagnement spécialisé). En revanche, la gestion du volume est le facteur que tu contrôles au quotidien. C'est là que tu as le plus d'impact sur ton risque de tendinopathie achilléenne.

La "règle des 10%" : pas un dogme

La règle populaire qui consiste à ne pas augmenter son volume de plus de 10% par semaine n'est pas scientifiquement validée comme seuil universel. Elle reste un repère utile en l'absence de mieux, mais la réalité est plus nuancée : la progressivité doit être individualisée selon ton historique, ta charge actuelle, ta tolérance tissulaire et la période de la saison.

Les semelles : preuves insuffisantes

Si tu portes des semelles "anti-pronation" pour protéger ton tendon d'Achille, sache que les preuves scientifiques sont contradictoires et insuffisantes pour en faire une solution de référence (méta-analyse 2018). Ça ne veut pas dire qu'elles ne servent à rien dans ton cas, mais la justification "corriger la pronation pour éviter la tendinopathie" ne tient pas à la lumière de cette étude.

🔬 L'analyse BPC

  1. Gère ton volume. C'est le facteur de risque le plus actionnable. Augmente progressivement, individualise ta montée en charge, respecte les semaines de décharge.
  2. Ne change pas ta foulée sur la base d'un diagnostic de "pronation". La relation entre mécanique de cheville et tendinopathie est plus complexe que ce que les modèles simplifiés suggèrent.
  3. Travaille ta capacité tissulaire. Renforcement excentrique des mollets, progressivité dans les séances de qualité (fractionné, côtes), attention aux changements de surface ou de chaussures.
  4. Si tu as des douleurs achilléennes récurrentes, consulte un professionnel qui fera une analyse individualisée plutôt que de te fier à un test de pronation en magasin.

Source : PMID 41672607 (2026)

Titre original : Prospective study of ankle biomechanics during running and Achilles tendinopathy risk

Jandacka D. et al.

2026 | PubMed: 41672607