Étude prospective Jandacka et al. (2026) — Biomécanique de la cheville et risque de tendinopathie chez le coureur
Un moment d'inversion de cheville plus élevé pendant la phase d'appui est associé à un risque plus faible de tendinopathie achilléenne. La distance de course hebdomadaire reste le facteur de risque le plus actionnable au quotidien. Le design prospectif de cette étude change la donne par rapport aux travaux antérieurs.
La plupart des études sur la tendinopathie achilléenne chez le coureur sont rétrospectives : on mesure la biomécanique d'un athlète déjà blessé, puis on compare avec des sujets sains. Le problème ? On ne sait pas si les différences biomécaniques observées sont la cause de la blessure ou sa conséquence (compensation, appréhension, modification de la foulée).
L'étude de Jandacka et al. adopte un design prospectif. Les chercheurs ont mesuré la biomécanique de la cheville de coureurs avant toute blessure, puis les ont suivis dans le temps pour observer qui développait une tendinopathie. C'est la différence entre "cette personne blessée court différemment" et "cette façon de courir prédit la blessure".
Les participants ont été évalués en laboratoire (cinématique et cinétique de la cheville pendant la course) puis suivis prospectivement. Les variables mesurées incluent le moment d'inversion de cheville et la rotation externe pendant la phase d'appui, pas la "pronation" au sens marketing du terme.
L'étude mesure des variables biomécaniques précises (moments articulaires, angles) et non la "pronation" telle qu'elle est utilisée dans l'industrie de la chaussure. Ce sont deux choses différentes. Les termes "surpronation" ou "sous-pronation" des magasins de running ne correspondent pas aux mesures scientifiques utilisées ici.
L'étude ne dit pas que la biomécanique n'a aucune importance. Elle dit que la relation est plus complexe que "pronation = blessure". Certaines variables mécaniques sont associées au risque, mais pas celles qu'on croit (et pas dans le sens qu'on croit).
Des travaux antérieurs avaient retrouvé des associations entre variables mécaniques et douleur achilléenne, mais sur des sujets déjà blessés, avec des designs moins robustes. L'avantage du prospectif, c'est qu'il capture le lien de temporalité : la mesure précède la blessure.
La biomécanique, tu ne la changes pas facilement (et tu ne devrais probablement pas essayer sans accompagnement spécialisé). En revanche, la gestion du volume est le facteur que tu contrôles au quotidien. C'est là que tu as le plus d'impact sur ton risque de tendinopathie achilléenne.
La règle populaire qui consiste à ne pas augmenter son volume de plus de 10% par semaine n'est pas scientifiquement validée comme seuil universel. Elle reste un repère utile en l'absence de mieux, mais la réalité est plus nuancée : la progressivité doit être individualisée selon ton historique, ta charge actuelle, ta tolérance tissulaire et la période de la saison.
Si tu portes des semelles "anti-pronation" pour protéger ton tendon d'Achille, sache que les preuves scientifiques sont contradictoires et insuffisantes pour en faire une solution de référence (méta-analyse 2018). Ça ne veut pas dire qu'elles ne servent à rien dans ton cas, mais la justification "corriger la pronation pour éviter la tendinopathie" ne tient pas à la lumière de cette étude.
Source : PMID 41672607 (2026)
Titre original : Prospective study of ankle biomechanics during running and Achilles tendinopathy risk
Jandacka D. et al.
2026 | PubMed: 41672607