Ce que Jones et al. 2026 nuancent sur le carbohydrate loading, et ce que ça change vraiment pour marathon, 70.3 et Ironman.
Le papier ne dit pas que le carbohydrate loading est inutile. Il montre surtout que la preuve devient moins confortable quand on isole l'effet propre du chargement 24-48 h, l'effet placebo possible et le ravitaillement glucidique pendant l'effort. Lecture BPC : le chargement peut rester une brique, mais il ne remplace jamais un protocole testé à intensité course.
La pasta party a quelque chose de simple : elle donne l'impression d'avoir coché la case énergie avant le départ. Pour beaucoup d'athlètes, elle fait partie du décor mental de la course. Ce n'est pas absurde. Les glucides restent centraux sur marathon, 70.3, Ironman ou toute épreuve longue où l'intensité finit par coûter cher.
La question posée par Jones et al. est plus précise : quel bénéfice propre reste-t-il au carbohydrate loading quand l'athlète se ravitaille déjà correctement pendant l'effort ? Autrement dit, est-ce le chargement 24-48 h qui améliore la performance, ou une combinaison de glycogène, croyance, protocole de course et apport glucidique pendant l'exercice ?
La bonne lecture n'est pas "les glucides ne servent à rien". La bonne lecture est : ne confonds pas un rituel d'avant-course avec une stratégie nutritionnelle complète.
Les auteurs ont systématiquement regardé la littérature sur le carbohydrate loading avec deux filtres très pratiques pour l'endurance moderne : le niveau de contrôle méthodologique et la présence d'un apport glucidique pendant l'effort.
C'est là que le papier est intéressant pour un coach. Il ne cherche pas à faire disparaître le glycogène du débat. Il dit plutôt : si tu veux savoir ce que vaut vraiment le chargement glucidique, il faut le tester dans un cadre où l'athlète croit autant au placebo qu'au protocole réel, et où il reçoit des glucides pendant l'effort comme il le ferait en compétition.
Elle ne dit pas qu'il faut arriver bas en glucides sur une course longue. Elle ne dit pas non plus que le dîner de veille n'a aucun intérêt. Elle rappelle simplement qu'un bénéfice observé dans un protocole ancien ou incomplet ne s'applique pas automatiquement à un athlète qui sait déjà boire, manger et répéter son plan en course.
Pour BPC, la nuance est importante. Sur longue distance, les réserves de glycogène comptent. Mais la performance ne se résume pas au niveau du réservoir au départ. Elle dépend aussi de la vitesse à laquelle tu dépenses ce réservoir, de ce que tu remets dedans, de ta tolérance digestive, de la chaleur, du pacing, du stress, de la fatigue réelle et de ta capacité à continuer à faire simple quand la course devient moins propre.
En course, le problème n'est pas seulement d'avoir rempli les réserves. C'est de continuer à faire entrer du carburant quand la ventilation augmente, que la chaleur tape, que l'estomac ralentit, que le pacing dérive et que le système digestif devient moins coopératif.
C'est pour ça que le carbohydrate loading doit être replacé dans un système plus large : durée, intensité, météo, hydratation, sodium, historique digestif, forme des produits, cadence de prise et capacité à exécuter sous fatigue. La Performance Durable se joue rarement dans une seule décision spectaculaire. Elle se construit avec de la data utile, répétée, interprétée, puis transformée en protocole stable.
Avant de te demander si tu dois "charger plus" la veille ou l'avant-veille, demande-toi si tu sais tenir ton plan une fois le dossard accroché.
Tu peux avoir une stratégie parfaite sur papier et perdre la course sur un détail banal : une prise oubliée, une boisson trop concentrée, une chaleur mal anticipée, une intensité trop haute pendant 20 minutes, ou une cible en g/h que ton estomac n'a jamais validée en vie réelle.
Le but n'est pas de manger plus pour se rassurer. Le but est de savoir ce qui passe, combien de temps, et dans quelles conditions. Un protocole nutrition course doit être écrit comme un protocole d'entraînement : testable, mesurable, ajustable.
Sur 70.3, l'erreur classique est de croire que la nutrition se résume à "tenir le vélo". Sur Ironman, l'erreur classique est de sous-estimer ce qui se passe après 4 h ou 6 h, quand l'athlète continue d'avoir besoin de carburant mais n'a plus la même disponibilité digestive, mentale et mécanique.
Wattness n'a pas vocation à prescrire "plus" de glucides par réflexe. L'intérêt est ailleurs : rendre plus lisible la boucle plan, exécution, débrief, historique. Relier une recommandation nutrition à une séance ou à une course, comparer prévu et réalisé, garder une trace de la tolérance digestive, puis répéter le protocole jusqu'à ce qu'il devienne utilisable en fatigue réelle.
C'est exactement la différence entre une data décorative et une data utile. La première rassure. La seconde aide à décider.
Le carbohydrate loading peut faire partie de la stratégie. Mais il doit rester à sa place. Il prépare le départ, il ne pilote pas la course. Le vrai progrès nutritionnel n'est pas de manger plus de pâtes le vendredi soir. C'est de rendre ton protocole suffisamment fiable pour tenir quand la course commence à coûter cher.
Source : International Journal of Sport Nutrition and Exercise Metabolism
Titre original : Beyond Belief? Absence of Double-Blinding and Limited Ecological Validity in Carbohydrate Loading Research
Robyn O. Jones et al.
Affiliations multiples, voir notice PubMed
24 juin 2026 | DOI: 10.1123/ijsnem.2026-0058
PMID : 42342234