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Application du CGM chez les Athlètes d'Endurance d'Élite sans Diabète

Revue critique basée sur la physiologie et les preuves scientifiques actuelles - 2025

Conclusion Principale

L'application du CGM (surveillance continue du glucose) dans la pratique des athlètes d'endurance d'élite sains est actuellement limitée en raison de problèmes de validité et de précision, d'une justification physiologique souvent manquante ou défectueuse, et d'un manque de preuves causales pour plusieurs bénéfices proposés. Des études contrôlées et en situation réelle sont nécessaires pour clarifier le rôle potentiel du CGM dans cette population spécifique.

Méthodologie de la Revue

Type d'Étude

Revue narrative critique examinant la littérature scientifique sur l'utilisation du CGM chez les athlètes d'endurance d'élite sans diabète.

Domaines Évalués

Six applications potentielles ont été analysées : stratégies de ravitaillement, prévention du "bonking", détection de l'hypoglycémie réactive, surveillance de la charge d'entraînement et de la balance énergétique, optimisation du sommeil, et guidance nutritionnelle hors sport.

Base de Preuves

95 références scientifiques couvrant la physiologie du métabolisme glucidique, les données d'exactitude du CGM, les études chez athlètes d'élite, et les essais contrôlés randomisés.

Résultats Clés

~12%
Marge d'erreur générale du CGM par rapport au glucose sanguin réel
5-10 min
Délai physiologique entre glucose sanguin et interstitiel au repos (augmente à l'exercice)
20-30%
Contribution du glucose sanguin à l'énergie pendant l'exercice (versus glycogène musculaire)
93%
Temps passé en normoglycémie chez 12 000 individus actifs sans diabète
8%
Événements d'endurance présentant une hypoglycémie réactive détectable
>2 h
Temps nécessaire pour développer une hypoglycémie sans apport glucidique

Limitations Techniques Fondamentales

  • Délai temporel problématique : Le décalage de 5-10 minutes au repos entre glucose sanguin et interstitiel augmente pendant l'exercice, particulièrement lors d'efforts à haute intensité, réduisant la validité des mesures dans les situations dynamiques.
  • Précision variable : La précision se détériore significativement lors de concentrations basses de glucose (<4.0 mmol/L) et pendant/après l'exercice intense, avec des études montrant des écarts plus importants dans ces conditions critiques.
  • Non-mesure du glycogène musculaire : Le CGM mesure uniquement le glucose provenant du foie et de l'intestin (20-30% de l'énergie), sans information sur le glycogène musculaire qui constitue la source principale de carburant pendant l'exercice.
  • Absence de mesure des flux : Le CGM fournit une concentration statique, pas les taux d'apparition ou de disparition du glucose, limitant son utilité pour évaluer la disponibilité énergétique réelle.

Applications Évaluées et Conclusions

  • Stratégies de ravitaillement : Preuves insuffisantes pour recommander le CGM, car le glucose sanguin n'est pas un marqueur fiable de la disponibilité totale des glucides et aucune preuve causale ne lie les concentrations glycémiques spécifiques à la performance.
  • Prévention du "bonking" : Utilité limitée car l'hypoglycémie survient tardivement (>2h sans ravitaillement) et est improbable chez les athlètes suivant les recommandations standard. De plus, le "bonk" peut refléter l'épuisement du glycogène musculaire sans hypoglycémie.
  • Hypoglycémie réactive : Potentiel pour identifier les athlètes susceptibles (pic de risque à 60 min pré-exercice), mais davantage de données sont nécessaires et les symptômes doivent être évalués conjointement.
  • Surveillance entraînement/énergie : Preuves préliminaires suggérant un glucose plus bas en surentraînement ou faible disponibilité énergétique, mais études de petite taille (n=6-11) nécessitant confirmation.
  • Optimisation du sommeil : Aucune preuve actuelle que le CGM puisse améliorer la récupération ou la qualité du sommeil ; absence de données normatives nocturnes et de lien causal établi.
  • Nutrition hors sport : Non recommandé actuellement en raison de risques majeurs de mauvaise interprétation, comme éviter des pics post-prandiaux normaux ou retarder l'apport glucidique post-exercice nécessaire à la resynthèse optimale du glycogène.

La Découverte Majeure

Homéostasie Glycémique Remarquable chez les Athlètes

Malgré un entraînement quotidien intense, une dépense énergétique élevée et un apport important en glucides, les athlètes d'élite maintiennent une homéostasie glycémique remarquablement stable.

~93% du temps en normoglycémie

Cette stabilité glycémique, observée dans une cohorte de 12 000 individus actifs et confirmée chez des athlètes d'élite (marcheurs, cyclistes professionnels), remet en question l'utilité du CGM pour "optimiser" ce qui est déjà physiologiquement bien régulé. Les variations observées sont souvent liées à l'intensité d'exercice plutôt qu'au ravitaillement, avec des hyperglycémies transitoires post-efforts intenses résultant d'une production hépatique accrue et d'une utilisation préférentielle du glycogène musculaire.

Implications Pratiques

  1. Adopter une approche critique : Les professionnels du sport doivent questionner les affirmations marketing sur le CGM et exiger des preuves scientifiques solides avant d'intégrer cette technologie dans la pratique quotidienne.
  2. Prioriser les stratégies éprouvées : Les recommandations nutritionnelles actuelles (apport glucidique basé sur la durée/intensité, timing pré-post exercice) restent plus pertinentes que les données CGM pour optimiser la performance.
  3. Contexte d'interprétation essentiel : Si le CGM est utilisé, fournir un encadrement éducatif rigoureux aux athlètes pour éviter l'inquiétude inutile face aux pics post-prandiaux normaux ou aux fluctuations glycémiques physiologiques.
  4. Éviter la surinterprétation : Ne pas confondre concentration statique et disponibilité énergétique ; le CGM ne peut prédire l'épuisement du glycogène musculaire ni guider précisément le ravitaillement en temps réel.
  5. Recherche ciblée nécessaire : Identifier les situations spécifiques (hypoglycémie réactive, détection précoce du surentraînement) où le CGM pourrait apporter une valeur ajoutée avec des protocoles validés.

Limites de la Technologie CGM

La revue identifie plusieurs limitations importantes qui restreignent l'applicabilité du CGM chez les athlètes d'élite :

Limitations techniques : Délai physiologique inhérent entre compartiments sanguin et interstitiel ; précision réduite en hypoglycémie et pendant l'exercice intense ; influences potentielles de l'altitude, de la déshydratation, de la compression du capteur, et de certaines substances (vitamine C, aspirine).

Limitations physiologiques : Incapacité à mesurer le glycogène musculaire (source énergétique principale) ; mesure de concentration uniquement, pas des flux métaboliques ; dissociation possible entre glucose sanguin et disponibilité totale des glucides.

Limitations pratiques : Difficulté d'interprétation même pour les scientifiques ; risque de surinterprétation par les athlètes et entraîneurs ; réglementation sportive (interdiction UCI en cyclisme sans diabète type 1) ; absence d'approbation FDA/EMA pour usage non-diabétique ; coût et accessibilité inégale.

Limitations psychologiques : Risque d'anxiété face à des données mal comprises ; potentiel de modifications nutritionnelles contre-productives (évitement de glucides post-exercice, restriction inutile) ; dépendance à la technologie au détriment de l'écoute corporelle.

Priorités de Recherche Future

Les auteurs identifient plusieurs axes de recherche cruciaux pour clarifier le rôle potentiel du CGM :

Relation glucose-performance : Déterminer s'il existe des plages glycémiques optimales pour la performance ; évaluer si des concentrations plus élevées ou plus stables améliorent objectivement les résultats sportifs ; identifier les mécanismes physiologiques sous-jacents à tout bénéfice potentiel.

Stratégies de ravitaillement : Tester si l'apport glucidique ultra-élevé (>120 g/h) maintient des concentrations glycémiques supérieures ; examiner si la distribution temporelle de l'apport (fréquence élevée, petites quantités) réduit la variabilité et impacte la performance.

État physiologique : Établir le lien entre sous-ravitaillement, statut du glycogène hépatique et hypoglycémie nocturne ; investiguer la relation causale entre glycémie nocturne et qualité/durée du sommeil ; développer des algorithmes prédictifs du surentraînement basés sur les profils CGM.

Technologies multi-métabolites : Développer des capteurs continus de lactate pour guider l'entraînement au seuil ; intégrer des moniteurs de cétones pour évaluer le métabolisme lipidique ; créer des capteurs multi-analytes fournissant une image complète du métabolisme énergétique en temps réel.

Source : Performance Nutrition https://doi.org/10.1186/s44410-025-00013-7

REVIEW ARTICLE (Open Access)

Application potential of continuous glucose monitoring (CGM) in elite endurance athletes without diabetes: What do physiology and current evidence tell us?

Simon Helleputte1 · Tim Podlogar2 · Javier Gonzalez3

1Department of Movement and Sports Sciences, Faculty of Medicine and Health Sciences, Ghent University, Ghent, Belgium · 2Exeter Medical School, University of Exeter, Exeter, UK · 3Centre for Nutrition, Exercise and Metabolism, Department for Health, University of Bath, Bath, UK

Accepted: 10 October 2025 © The Author(s) 2025 (Open Access)