
L'application du CGM (surveillance continue du glucose) dans la pratique des athlètes d'endurance d'élite sains est actuellement limitée en raison de problèmes de validité et de précision, d'une justification physiologique souvent manquante ou défectueuse, et d'un manque de preuves causales pour plusieurs bénéfices proposés. Des études contrôlées et en situation réelle sont nécessaires pour clarifier le rôle potentiel du CGM dans cette population spécifique.
Revue narrative critique examinant la littérature scientifique sur l'utilisation du CGM chez les athlètes d'endurance d'élite sans diabète.
Six applications potentielles ont été analysées : stratégies de ravitaillement, prévention du "bonking", détection de l'hypoglycémie réactive, surveillance de la charge d'entraînement et de la balance énergétique, optimisation du sommeil, et guidance nutritionnelle hors sport.
95 références scientifiques couvrant la physiologie du métabolisme glucidique, les données d'exactitude du CGM, les études chez athlètes d'élite, et les essais contrôlés randomisés.
Malgré un entraînement quotidien intense, une dépense énergétique élevée et un apport important en glucides, les athlètes d'élite maintiennent une homéostasie glycémique remarquablement stable.
~93% du temps en normoglycémie
Cette stabilité glycémique, observée dans une cohorte de 12 000 individus actifs et confirmée chez des athlètes d'élite (marcheurs, cyclistes professionnels), remet en question l'utilité du CGM pour "optimiser" ce qui est déjà physiologiquement bien régulé. Les variations observées sont souvent liées à l'intensité d'exercice plutôt qu'au ravitaillement, avec des hyperglycémies transitoires post-efforts intenses résultant d'une production hépatique accrue et d'une utilisation préférentielle du glycogène musculaire.
La revue identifie plusieurs limitations importantes qui restreignent l'applicabilité du CGM chez les athlètes d'élite :
Limitations techniques : Délai physiologique inhérent entre compartiments sanguin et interstitiel ; précision réduite en hypoglycémie et pendant l'exercice intense ; influences potentielles de l'altitude, de la déshydratation, de la compression du capteur, et de certaines substances (vitamine C, aspirine).
Limitations physiologiques : Incapacité à mesurer le glycogène musculaire (source énergétique principale) ; mesure de concentration uniquement, pas des flux métaboliques ; dissociation possible entre glucose sanguin et disponibilité totale des glucides.
Limitations pratiques : Difficulté d'interprétation même pour les scientifiques ; risque de surinterprétation par les athlètes et entraîneurs ; réglementation sportive (interdiction UCI en cyclisme sans diabète type 1) ; absence d'approbation FDA/EMA pour usage non-diabétique ; coût et accessibilité inégale.
Limitations psychologiques : Risque d'anxiété face à des données mal comprises ; potentiel de modifications nutritionnelles contre-productives (évitement de glucides post-exercice, restriction inutile) ; dépendance à la technologie au détriment de l'écoute corporelle.
Les auteurs identifient plusieurs axes de recherche cruciaux pour clarifier le rôle potentiel du CGM :
Relation glucose-performance : Déterminer s'il existe des plages glycémiques optimales pour la performance ; évaluer si des concentrations plus élevées ou plus stables améliorent objectivement les résultats sportifs ; identifier les mécanismes physiologiques sous-jacents à tout bénéfice potentiel.
Stratégies de ravitaillement : Tester si l'apport glucidique ultra-élevé (>120 g/h) maintient des concentrations glycémiques supérieures ; examiner si la distribution temporelle de l'apport (fréquence élevée, petites quantités) réduit la variabilité et impacte la performance.
État physiologique : Établir le lien entre sous-ravitaillement, statut du glycogène hépatique et hypoglycémie nocturne ; investiguer la relation causale entre glycémie nocturne et qualité/durée du sommeil ; développer des algorithmes prédictifs du surentraînement basés sur les profils CGM.
Technologies multi-métabolites : Développer des capteurs continus de lactate pour guider l'entraînement au seuil ; intégrer des moniteurs de cétones pour évaluer le métabolisme lipidique ; créer des capteurs multi-analytes fournissant une image complète du métabolisme énergétique en temps réel.
Source : Performance Nutrition https://doi.org/10.1186/s44410-025-00013-7
REVIEW ARTICLE (Open Access)
Application potential of continuous glucose monitoring (CGM) in elite endurance athletes without diabetes: What do physiology and current evidence tell us?
Simon Helleputte1 · Tim Podlogar2 · Javier Gonzalez3
1Department of Movement and Sports Sciences, Faculty of Medicine and Health Sciences, Ghent University, Ghent, Belgium · 2Exeter Medical School, University of Exeter, Exeter, UK · 3Centre for Nutrition, Exercise and Metabolism, Department for Health, University of Bath, Bath, UK
Accepted: 10 October 2025 © The Author(s) 2025 (Open Access)