Avaler de l'eau en natation multiplie les troubles digestifs post-course

Bliekendaal & Pires (IJERPH, 2026) : 1 294 triathlètes, 6 courses. L'ingestion involontaire d'eau est associée à un risque GI multiplié par 3.7 à 5.

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Conclusion Principale

Trois quarts des triathlètes avalent de l'eau pendant la portion natation. Cette ingestion involontaire est associée à un risque significativement accru de troubles gastro-intestinaux dans les 7 jours suivant la course : ×3.7 pour 1-3 gorgées, ×5 pour 4 gorgées ou plus. Le risque absolu reste modéré (base 5.1%), mais la relation dose-réponse est claire.

Chiffres clés

1 294
Triathlètes étudiés
75.3%
Avalent de l'eau en nageant
×5.1
Risque GI (4+ gorgées)
5.1%
Taux global de troubles GI

Contexte : un sujet sous-estimé

Les troubles gastro-intestinaux sont l'un des problèmes les plus fréquents en triathlon, surtout sur longue distance. On pense souvent nutrition, gels, hydratation sur le vélo ou la course. Mais la natation elle-même pourrait être un facteur de risque sous-estimé.

L'ingestion involontaire d'eau en eau libre est quasi universelle : respiration latérale en conditions agitées, vagues, contact avec d'autres nageurs, fatigue qui dégrade la technique. Aux Pays-Bas, les triathlons se déroulent souvent en eau douce (canaux, lacs) dont la qualité microbiologique n'est pas toujours optimale.

Bliekendaal et Pires, de l'AERES University et du Deltares (institut de recherche sur l'eau), ont voulu quantifier la relation entre cette ingestion d'eau et les troubles GI post-course.

Protocole

Design

Étude observationnelle par questionnaire en ligne, envoyé aux participants dans les jours suivant la course. Les données sont auto-déclarées (nombre de gorgées estimé par l'athlète, symptômes GI rapportés).

Participants

1 294 triathlètes répartis sur 6 triathlons aux Pays-Bas. Le questionnaire couvrait les caractéristiques personnelles (âge, sexe, expérience natation, pathologies chroniques, niveau sportif), les détails de la course (distance, durée), l'ingestion d'eau ressentie, et les symptômes dans les 7 jours post-course.

Variable d'exposition

Ingestion d'eau auto-déclarée, catégorisée en 3 niveaux : aucune gorgée, 1-3 gorgées, 4+ gorgées.

Variable de résultat

Survenue de troubles gastro-intestinaux (nausées, vomissements, diarrhée, crampes abdominales) dans les 7 jours suivant la course.

Analyse statistique

Régression logistique par équations d'estimation généralisées (GEE), tenant compte du clustering par événement (6 courses différentes). Les odds ratios sont ajustés pour les covariables (âge, sexe, expérience, niveau).

Résultats

Prévalence de l'ingestion d'eau

  • 75.3% des triathlètes déclarent avoir avalé de l'eau pendant la natation.
  • Le phénomène est quasi universel, quel que soit le niveau ou l'expérience.

Relation dose-réponse avec les troubles GI

  • 0 gorgée : référence (taux de base)
  • 1-3 gorgées : OR = 3.672 (IC 95% : 1.316-10.242, p = 0.013) — risque multiplié par 3.7
  • 4+ gorgées : OR = 5.070 (IC 95% : 1.740-14.767, p = 0.003) — risque multiplié par 5

La relation est dose-dépendante : plus tu avales d'eau, plus le risque augmente. Les deux associations sont statistiquement significatives.

Taux global de troubles GI

Le taux moyen de troubles gastro-intestinaux post-course est de 5.1%. C'est un risque absolu modéré : sur 100 triathlètes, environ 5 rapportent des symptômes GI dans la semaine suivante. Mais pour ceux qui avalent beaucoup d'eau, ce taux grimpe significativement.

"Water intake was associated with an increased risk of post-race gastrointestinal illness. The results advocate for improved water quality monitoring and preventive measures in triathlon." — Bliekendaal & Pires

Limites et cadrage de validité

Analyse BPC

Cette étude met le doigt sur un facteur de risque GI que la plupart des triathlètes et des coachs ignorent : ce qui se passe dans l'eau, avant même le premier gel.

On passe des heures à optimiser la stratégie nutritionnelle vélo et course, à tester les gels en entraînement, à calculer les grammes de glucides par heure. Mais si tu arrives en T1 avec un estomac déjà chargé d'eau contaminée, ta stratégie nutrition part avec un handicap invisible.

Pourquoi c'est pertinent pour toi

3 athlètes sur 4 avalent de l'eau en nageant. Ce n'est pas un problème de débutant : même les nageurs expérimentés en avalent, surtout en conditions agitées, dans un peloton dense, ou quand la fatigue dégrade la technique en fin de boucle.

Le risque absolu reste modéré (5.1% de base), mais la relation dose-réponse est claire. Et pour les athlètes sujets aux troubles GI, réduire l'ingestion d'eau en natation pourrait être un levier sous-exploité.

Applications terrain

  1. Travaille ta respiration en eau libre : la respiration bilatérale et le timing d'expiration sont les premiers leviers pour réduire l'ingestion d'eau. Plus ta technique est propre, moins tu avales.
  2. Entraîne-toi en conditions dégradées : vagues, contact, peloton serré. Plus tu es exposé en entraînement, mieux tu gères le jour J.
  3. Positionne-toi intelligemment au départ : éviter le peloton dense réduit les contacts et les vagues de sillage. Un départ légèrement excentré peut valoir quelques secondes de natation contre un estomac tranquille.
  4. Renseigne-toi sur la qualité de l'eau : les organisateurs publient (ou devraient publier) les analyses microbiologiques du site. En eau douce stagnante par temps chaud, le risque est plus élevé.
  5. Si tu es sujet aux troubles GI : intègre ce facteur dans ton bilan. Avant d'accuser les gels ou le stress, demande-toi combien d'eau tu avales en natation.

Ce n'est pas une révolution, mais un rappel utile : la stratégie gastro-intestinale en triathlon commence dans l'eau, pas sur le vélo.

Source : International Journal of Environmental Research and Public Health (IJERPH)

Titre original : Unintentional Water Intake During Swimming and Post-Race Gastrointestinal Illness in Triathletes: Results from 6 Triathlons and 1294 Athletes

Bliekendaal S, Dionisio Pires M

AERES University of Applied Sciences Almere & Deltares, The Netherlands

19 Mars 2026 | DOI: 10.3390/ijerph23030392

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