David Bonnal à vélo lors du Triathlon XL de Gérardmer 2021.
David Bonnal au Triathlon XL de Gérardmer 2021. Photo d’archive Sportograf, utilisée avec autorisation.

Le 5 août 2026, après 6 h 58 min 02 s d’effort, David Bonnal franchit la ligne du Triathlon L de l’Alpe d’Huez. Le classement officiel le place 105e au scratch et premier de la catégorie M50-54.

Le résultat est net. Son interprétation demande davantage de précision. La course commence par 2,2 km de natation au lac du Verney, enchaîne 118 km et 3 200 m de dénivelé positif à vélo, puis se termine par une course à pied annoncée à 20 km, autour de 1 800 m d’altitude. David nage 32 min 47 s, roule 4 h 42 min et court 1 h 38 min 19 s selon le chronométrage officiel.

Ce format n’a ni la distance cycliste ni le marathon d’un Ironman. Il ne lui « équivaut » pas. Mais près de sept heures d’effort, trois longues ascensions, la chaleur dans la vallée, l’altitude tardive et un parcours à pied vallonné produisent une contrainte dont la logique peut, par certains aspects, approcher celle de la longue distance. Il faut préserver une capacité de travail pendant plusieurs heures, décider avec des repères qui bougent, puis courir alors que l’ascension finale a déjà consommé une grande partie de la marge disponible.

Et David a transformé cette complexité en victoire de catégorie.

Chrono officiel6 h 58 min 02 s
Classement scratch105e
Catégorie M50-541er

Un résultat officiel qui fixe le récit

Chronométrage officiel du Triathlon L de l’Alpe d’Huez 2026.
SegmentTemps officiel
Natation32 min 47 s
T12 min 50 s
Vélo4 h 42 min 00 s
T22 min 05 s
Course à pied1 h 38 min 19 s
Total6 h 58 min 02 s

Ces temps sont ceux de Chronorace. Ils restent la référence pour raconter la performance. Les données issues des fichiers d’activité servent ensuite à lire la production physiologique, mais elles ne se substituent pas au résultat officiel. Le fichier vélo couvre par exemple 119,48 km en 4 h 41 min 12 s. Le fichier course à pied enregistre 18,66 km en 1 h 36 min 15 s, une trace qui ne recouvre pas exactement le split officiel. Soustraire ou comparer directement ces durées fabriquerait un écart qui n’existe pas dans le chronométrage de la course.

Pourquoi ce « L » ne se prépare pas comme un format intermédiaire ordinaire

Le premier piège consiste à lire seulement les distances. Sur le vélo, l’Alpe du Grand-Serre propose 15 km à 6,5 %, le col d’Ornon 14,4 km à 4 %, puis l’Alpe d’Huez 13,9 km à 8 %. Entre les ascensions, les descentes, les changements de pente et les portions exposées modifient sans cesse la cadence, le refroidissement, la position et la possibilité de produire une puissance régulière.

La course à pied arrive au sommet. Ses trois boucles ajoutent environ 340 m de dénivelé positif à une locomotion déjà dégradée par plusieurs heures de course. L’altitude, autour de 1 800 m, ne transforme pas chaque athlète de la même manière, mais elle réduit potentiellement la marge aérobie au moment où cette marge est déjà entamée.

Préparer cette épreuve depuis la plaine pose donc un problème spécifique. On peut développer une FTP élevée sans savoir répéter une heure de montée après trois ou quatre heures de charge. On peut courir vite sur terrain plat sans avoir préparé la transition après une ascension finale de plus d’une heure. On peut aussi maîtriser ses repères par temps frais et découvrir, au pied de l’Alpe, que 28 °C, un fort rayonnement et une faible vitesse de déplacement modifient le coût de chaque watt.

Le relief ne se reproduit jamais complètement sur home trainer. En revanche, une grande partie de la demande physiologique et décisionnelle peut être préparée.

Le plan des trois ascensions face au terrain

Le scénario préparé donnait un repère de 260 W sur chacune des trois grandes montées, avec une fréquence cardiaque attendue ou plafonnée autour de 135, 136 puis 140 bpm. Après la course, une sous-estimation de 15 W a été identifiée sur le capteur. Toutes les puissances réalisées ci-dessous intègrent cette correction. David se situe juste au-dessus de la cible sur la première ascension, puis s’en éloigne sur les deux suivantes.

Données privées de coaching publiées avec l’autorisation de David Bonnal. Puissances réalisées corrigées de +15 W.
AscensionPlanifiéRéaliséÉcart
Alpe du Grand-Serre / col de la Morte260 W, 135 bpm261 W NP, 127 bpm+1 W
Col d’Ornon260 W NP, 136 bpm241 W NP, 131 bpm-19 W
Alpe d’Huez260 W NP, 140 bpm236 W NP, 134 bpm-24 W

Sur l’ensemble du vélo, le plan projetait 4 h 30 min, 249 W NP et 264 TSS. Après correction, le réalisé donne 4 h 41 min 12 s, 227 W moyens et 244 W NP. L’intensité relative recalculée atteint 0,751, avec un indice de variabilité de 1,07 et environ 264 TSS. La lecture globale change : David ne roule plus 20 W sous le scénario, mais seulement 5 W sous la NP planifiée, pour une charge recalculée pratiquement identique. L’écart important se concentre surtout sur les deux dernières ascensions. Il termine premier M50-54 et conserve une course à pied suffisamment solide pour passer sous les sept heures.

Une cible sert à encadrer l’effort, pas à nier le terrain. Les 260 W donnent un scénario de référence. Ils ne sont pas une dette à rembourser dans les derniers virages si la température, la fatigue, la cadence, la ventilation ou la perception racontent autre chose.

Le signal utile entre les trois cols

La puissance normalisée corrigée baisse de 261 à 241 puis 236 W. Dans le même temps, la fréquence cardiaque moyenne monte de 127 à 131 puis 134 bpm. Le rapport descriptif entre puissance et FC passe ainsi de 2,06 à 1,84 puis 1,76 W par battement.

Ce n’est pas un drift cardiaque classique. Pour parler proprement de drift, il faudrait observer l’évolution de la FC à charge externe suffisamment constante, sur un effort homogène. Ici, la pente, la durée, la cadence, l’exposition et la position dans la course changent à chaque ascension. Les longues descentes rendent aussi le découplage global du vélo difficile à comparer avec celui d’un test continu sur terrain stable.

La correction du capteur relève le niveau absolu, mais elle ne change pas la dynamique entre les cols : le rapport puissance/FC se dégrade entre trois ascensions non standardisées. David produit moins de watts alors que le coût cardiaque moyen augmente légèrement. Le signal décrit une perte progressive de puissance soutenable sous contrainte accumulée. Il ne désigne pas, à lui seul, le facteur limitant.

L’écart apparaît déjà au col d’Ornon, dont le sommet se situe approximativement à la même altitude que celui de la première grande ascension. L’altitude ne peut donc pas expliquer seule les 20 W NP perdus entre ces deux segments. À l’inverse, une FC qui reste sous les repères planifiés n’exclut pas une contrainte thermique : la puissance a baissé au même moment. Une limitation musculaire, énergétique, digestive, un choix volontaire de pacing ou l’état de forme du jour peuvent produire une combinaison comparable.

Chaleur en bas, altitude plus tard : deux contraintes, aucune causalité isolée

La météo horaire reconstituée par Open-Meteo donne un contexte plausible, pas une mesure portée par David. Au pied de l’Alpe vers 13 heures, le modèle indique environ 28,1 °C, un ressenti de 30,9 °C et 846 W/m² de rayonnement. Au sommet vers 14 heures, la température modélisée descend à 20,7 °C, avec un rayonnement toujours élevé. La contrainte thermique paraît donc surtout forte dans la partie basse et exposée. L’altitude devient plus pertinente dans le haut de la montée, jusqu’à environ 1 820 m, puis sur la course à pied.

Ce chevauchement compte. David arrive au pied de l’ascension finale après plusieurs heures d’épreuve, dans la zone la plus chaude du vélo. La vitesse diminue en montée, donc le refroidissement convectif aussi. Plus haut, la température extérieure baisse mais l’organisme ne repart pas de zéro, tandis que la disponibilité en oxygène diminue avec l’altitude.

Il manque toutefois les mesures qui permettraient d’individualiser cette lecture : température corporelle, masse avant et après course, apports hydriques et glucidiques, sodium, refroidissement, acclimatation, perception thermique, cadence et braquet. Écrire que « la chaleur a coûté tant de watts » ou que « l’altitude explique la dernière montée » dépasserait les données disponibles.

Préparer la montagne depuis la plaine

La préparation ne consiste pas à imiter visuellement un col. Elle cherche à reproduire ce que le col exige. Pour David comme pour tout athlète majoritairement entraîné en plaine, le premier chantier est la durabilité de puissance : rester capable de produire un effort spécifique après une charge préalable longue, pas seulement réussir une montée fraîche de 45 minutes.

Le travail de couple à basse cadence a sa place, surtout pour tolérer les passages raides et les variations de braquet. Il ne doit pas devenir une caricature où chaque séance se fait en force. Les séquences à cadence libre restent nécessaires pour conserver une gestuelle adaptable. Sur home trainer, un bloc long peut se terminer par 45 à 70 minutes à la puissance de course conditionnelle, puis par une transition vallonnée. Sur route, des boucles répétées permettent de cumuler du dénivelé et de placer la dernière ascension quand les réserves ne sont plus intactes.

La chaleur se prépare elle aussi, avec des expositions progressives et individualisées, un protocole d’hydratation testé et des solutions de refroidissement déjà utilisées à l’entraînement. La nutrition doit être répétée sous charge, parce qu’un plan théorique ne dit rien de ce que l’athlète absorbe encore après quatre heures. Enfin, quelques expositions réelles à la montagne restent précieuses pour ce que la plaine reproduit mal : descendre, choisir le braquet, se ravitailler en montée et prendre une décision lorsque la pente change brutalement.

Encadré méthode : cinq décisions avant un triathlon montagneux
  • Placer la montée clé après trois à quatre heures de charge lors de certaines séances spécifiques, afin de tester la puissance encore disponible sous fatigue.
  • Prescrire une bande de puissance liée à un plafond de FC, au RPE, à la ventilation, à la douleur musculaire, à la cadence et aux conditions, plutôt qu’un chiffre rigide.
  • Tester le couple et le braquet sans abandonner la cadence libre, puis vérifier que la course à pied reste organisée après ce travail.
  • Répéter en amont l’hydratation, les apports glucidiques et les solutions de refroidissement dans une chaleur comparable, avec suivi des réponses individuelles.
  • Programmer quelques journées en montagne si possible, pour valider descentes, ravitaillements, équipement et décisions de pacing impossibles à reproduire complètement en plaine.

La séance la plus informative n’est pas forcément celle qui affiche le plus de dénivelé. C’est celle qui répond à une question de course : quelle puissance reste soutenable dans la dernière heure, et à quel coût interne ?

Ce que la science permet de dire, et ce qu’elle ne permet pas de dire

Le consensus de Racinais et ses collègues sur l’entraînement et la compétition en chaleur établit qu’un effort prolongé en environnement chaud augmente la contrainte thermorégulatrice et cardiovasculaire. La déshydratation peut accentuer cette contrainte. Une acclimatation progressive, un départ hydraté et des stratégies de refroidissement adaptées peuvent aider. Cette littérature rend l’hypothèse thermique cohérente à l’Alpe d’Huez. Elle ne permet pas d’attribuer une perte de puissance précise à David sans données individuelles.

L’étude de Wehrlin et Hallén montre qu’une altitude modérée peut réduire la VO2max et la performance chez des athlètes d’endurance exposés de façon aiguë. Elle portait sur huit athlètes, en chambre hypobare, lors d’efforts maximaux ou supramaximaux en course à pied. Elle permet de considérer une réduction de marge aérobie dans le haut de l’Alpe et sur le run. Elle ne permet pas d’appliquer mécaniquement un pourcentage de baisse par 1 000 m aux watts submaximaux de David.

Les deux sources soutiennent une logique de préparation : tester la réponse individuelle à la chaleur, exposer ponctuellement l’athlète à l’altitude et construire des règles d’adaptation. Elles ne transforment pas deux contraintes plausibles en explication certaine du résultat.

Ce que cette course valide

David n’a pas exécuté les puissances prévues au watt près. Il a fait mieux que cela sur le plan sportif : il a produit une course qui tient jusqu’à l’arrivée, gagne sa catégorie et le place 105e au scratch. Le vélo global ne montre pas de sur-pacing manifeste, tandis que les données de course à pied disponibles indiquent une cadence stable, sans effondrement mécanique détecté. Cela ne prouve pas que chaque choix était optimal. Cela montre une performance robuste dans une épreuve qui pénalise vite les décisions trop rigides.

Pour aller plus loin dans l’analyse, il reste à reconstituer les apports, clarifier si les valeurs cardiaques étaient des cibles ou des plafonds et comparer ces ascensions avec des séances spécifiques récentes. La prochaine règle de terrain peut déjà être écrite : au pied de la dernière montée, ne poursuis pas les watts perdus. Entre dans ta bande basse, vérifie FC, ventilation, jambes, cadence et refroidissement pendant dix minutes, puis maintiens ou réduis.

Sources

Résultat et parcours : Chronorace, résultats officiels 2026 et Triathlon de l’Alpe d’Huez, parcours officiel du format L.

Chaleur : Racinais S. et al. (2015), Consensus Recommendations on Training and Competing in the Heat, Sports Medicine.

Altitude : Wehrlin J. P. et Hallén J. (2006), Linear decrease in VO2max and performance with increasing altitude in endurance athletes, European Journal of Applied Physiology.

Pour aller plus loin :

Mesure la durabilité de ta puissance et relis chaleur et altitude sans isoler un chiffre de son contexte.

Analyser ton découplage Tester ta durabilité Lire la synthèse chaleur et altitude Lire la synthèse sur la durabilité